#
🌍 Langue active : fr | 🔗 URL : /fr/blogs/un-hommage-a-nelson-mandela-asimbonanga-de-johnny-clegg-savuka/

UN HOMMAGE A NELSON MANDELA : « ASIMBONANGA » DE JOHNNY CLEGG & SAVUKA

Creator : MANAGERS Vues : 42 vues Created : 13 heures, 20 minutes
blog's thumbnail

ASIMBONANGA : Cette chronique inspirée de RFI propose de raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs.

 

Chaque épisode part d’un morceau pour révéler ce qu’il raconte d’un événement historique, d’une époque ou d’un fait social et culturel. Avec « Asimbonanga », une chanson a redonné un visage à un homme que le pouvoir voulait rendre invisible. Ce titre est devenu l’un des hymnes internationaux de la lutte contre l’apartheid et a contribué à faire de Nelson Mandela le symbole mondial de ce combat.

 

Nous sommes à l’été 1986, en Afrique du Sud. Le régime de l’apartheid a décrété l’état d’urgence. Les manifestations contre la ségrégation raciale se multiplient et sont violemment réprimées. Dans tous les esprits plane une même figure : celle de Nelson Mandela, emprisonné depuis vingt-quatre ans. Son nom est connu de tous, mais son visage a été effacé de l’espace public. Le pouvoir interdit la diffusion de ses photographies. Des générations entières grandissent ainsi sans jamais avoir vu son visage. C’est aussi le cas de Johnny Clegg, un chanteur blanc qui a grandi au contact de musiciens zoulous.

 

«Nous n’avions jamais vu Mandela, alors que, pour nous, le simple son de son nom évoquait la promesse d’une nouvelle Afrique du Sud», confiera-t-il plus tard. Âgé de 33 ans, il compose «Asimbonanga», qui signifie en zoulou «Celui que nous n'avons pas vu». La chanson sort en 1987.

Tout, dans cette œuvre, constitue un défi lancé au régime de l’apartheid. D’abord son titre, puis le choix de prononcer ouvertement le nom de Mandela, à une époque où de nombreux artistes préfèrent employer des surnoms pour contourner la censure. Ensuite, le groupe Savuka, qui réunit, fait exceptionnel à l’époque, des musiciens noirs et blancs. Enfin, le choix des langues : des couplets en anglais et des refrains en zoulou.

 

Là où l’apartheid divise, Johnny Clegg rassemble, à l’image de Mandela. Les paroles s’inspirent également de la pensée du leader emprisonné, notamment de son célèbre discours prononcé lors du procès de Rivonia, juste avant sa condamnation à la prison à perpétuité. « Qui saura trouver les mots pour abolir la distance entre toi et moi ? », chante Johnny Clegg. Sans surprise, « Asimbonanga » est interdite en Afrique du Sud. Mais la chanson franchit les frontières, fait le tour du monde et contribue à renforcer la mobilisation internationale contre l’apartheid, participant ainsi à l’inexorable déclin du régime.

 

Le 11 février 1990, le monde entier découvre enfin le visage lumineux de Nelson Mandela, libéré à l’âge de 71 ans après vingt-sept années de détention. En 2010, Johnny Clegg se souvient de ce moment au micro de RFI : « C’était fantastique. Pour moi, c’était comme si les nuages s’étaient dissipés pour faire place au paradis ». Pouvait-il imaginer qu’un jour Madiba, devenu le premier président noir démocratiquement élu d’Afrique du Sud, lui offrirait le plus beau cadeau de sa carrière ?

 

Au printemps 1997, lors d’un concert à Francfort en Allemagne, alors que Johnny Clegg interprète «Asimbonanga», Nelson Mandela le rejoint sur scène à l’improviste. Ému comme un enfant devant son héros, le chanteur lui tend le micro. Mandela s’adresse alors au public : «C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde et avec moi-même. D’ailleurs, je ne vous ai pas beaucoup vus danser. Et si nous reprenions ?». Johnny Clegg relance aussitôt la chanson.

 

À ses côtés, Nelson Mandela se met à danser, le visage illuminé d’un sourire radieux. Cette scène restera l’une des plus émouvantes de l’histoire de la musique engagée, comme le symbole d’une chanson qui avait contribué, bien avant la liberté retrouvée, à rendre visible celui que tout un régime voulait faire disparaître.

0 likes
Commentaires : 0

Commentaires : (0)

Aucun commentaire pour le moment.

Se connecter