UN HOMMAGE A NELSON MANDELA : « ASIMBONANGA » DE JOHNNY CLEGG & SAVUKA
ASIMBONANGA : Cette chronique inspirée de RFI
propose de raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires
devenues des repères collectifs.
Chaque
épisode part d’un morceau pour révéler ce qu’il raconte d’un événement
historique, d’une époque ou d’un fait social et culturel. Avec « Asimbonanga »,
une chanson a redonné un visage à un homme que le pouvoir voulait rendre
invisible. Ce titre est devenu l’un des hymnes internationaux de la lutte
contre l’apartheid et a contribué à faire de Nelson Mandela le symbole mondial
de ce combat.
Nous
sommes à l’été 1986, en Afrique du Sud. Le régime de l’apartheid a décrété
l’état d’urgence. Les manifestations contre la ségrégation raciale se
multiplient et sont violemment réprimées. Dans tous les esprits plane une même
figure : celle de Nelson Mandela, emprisonné depuis vingt-quatre ans. Son nom
est connu de tous, mais son visage a été effacé de l’espace public. Le pouvoir interdit
la diffusion de ses photographies. Des générations entières grandissent ainsi
sans jamais avoir vu son visage. C’est aussi le cas de Johnny Clegg, un
chanteur blanc qui a grandi au contact de musiciens zoulous.
«Nous
n’avions jamais vu Mandela, alors que, pour nous, le simple son de son nom
évoquait la promesse d’une nouvelle Afrique du Sud», confiera-t-il plus tard.
Âgé de 33 ans, il compose «Asimbonanga», qui signifie en zoulou «Celui que nous
n'avons pas vu». La chanson sort en 1987.
Tout,
dans cette œuvre, constitue un défi lancé au régime de l’apartheid. D’abord son
titre, puis le choix de prononcer ouvertement le nom de Mandela, à une époque
où de nombreux artistes préfèrent employer des surnoms pour contourner la
censure. Ensuite, le groupe Savuka, qui réunit, fait exceptionnel à l’époque,
des musiciens noirs et blancs. Enfin, le choix des langues : des couplets en
anglais et des refrains en zoulou.
Là
où l’apartheid divise, Johnny Clegg rassemble, à l’image de Mandela. Les
paroles s’inspirent également de la pensée du leader emprisonné, notamment de
son célèbre discours prononcé lors du procès de Rivonia, juste avant sa
condamnation à la prison à perpétuité. « Qui saura trouver les mots pour abolir
la distance entre toi et moi ? », chante Johnny Clegg. Sans surprise, «
Asimbonanga » est interdite en Afrique du Sud. Mais la chanson franchit les
frontières, fait le tour du monde et contribue à renforcer la mobilisation
internationale contre l’apartheid, participant ainsi à l’inexorable déclin du
régime.
Le
11 février 1990, le monde entier découvre enfin le visage lumineux de Nelson
Mandela, libéré à l’âge de 71 ans après vingt-sept années de détention. En
2010, Johnny Clegg se souvient de ce moment au micro de RFI : « C’était
fantastique. Pour moi, c’était comme si les nuages s’étaient dissipés pour
faire place au paradis ». Pouvait-il imaginer qu’un jour Madiba, devenu le
premier président noir démocratiquement élu d’Afrique du Sud, lui offrirait le
plus beau cadeau de sa carrière ?
Au
printemps 1997, lors d’un concert à Francfort en Allemagne, alors que Johnny
Clegg interprète «Asimbonanga», Nelson Mandela le rejoint sur scène à
l’improviste. Ému comme un enfant devant son héros, le chanteur lui tend le
micro. Mandela s’adresse alors au public : «C’est la musique et la danse qui me
mettent en paix avec le monde et avec moi-même. D’ailleurs, je ne vous ai pas
beaucoup vus danser. Et si nous reprenions ?». Johnny Clegg relance aussitôt la
chanson.
À
ses côtés, Nelson Mandela se met à danser, le visage illuminé d’un sourire
radieux. Cette scène restera l’une des plus émouvantes de l’histoire de la
musique engagée, comme le symbole d’une chanson qui avait contribué, bien avant
la liberté retrouvée, à rendre visible celui que tout un régime voulait faire
disparaître.
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