TEMOIGNAGE DE MAMAN SYLVIE « JE NE VEUX PAS ME CACHER »
Diagnostiquée séropositive lors
d'une consultation prénatale, Maman Sylvie a dû faire face au choc de
l'annonce, à la stigmatisation et aux préjugés.
Aujourd'hui, elle met son
expérience au service des autres en accompagnant les personnes vivant avec le
VIH en République du Congo. Un témoignage fort qui rappelle que le VIH n'est
plus une condamnation, mais une maladie chronique qui peut être contrôlée grâce
au traitement et au soutien psychosocial.
Pour Maman Sylvie, être
diagnostiquée séropositive ne devrait jamais être assimilé à une condamnation à
mort. Bien au contraire. Cette femme de 47 ans, vivant à Brazzaville, a décidé de
consacrer sa vie à accompagner les personnes vivant avec le VIH/sida en
République du Congo.
Pour Sylvie, ce combat est profondément
personnel, puisqu'elle vit elle-même avec le VIH depuis 15 ans. « J'étais
enceinte à l'époque et je suis allée à l'hôpital pour une consultation
prénatale, raconte-t-elle. Il y avait 22 femmes, mais nous n'étions que deux à accepter
de faire un test de dépistage du VIH. C'est à la suite de ce test que j'ai
appris ma séropositivité ».
L'ANNONCE DU DIAGNOSTIC
EST
UN VÉRITABLE CHOC
« Quand j'ai reçu le résultat, ma vie s'est arrêtée. Tout mon
corps tremblait ». Mère de quatre enfants, Sylvie informe immédiatement son compagnon,
qui accepte à son tour de se faire dépister. Son résultat est négatif. Elle
doit alors apprendre à vivre avec une maladie qui, à l'époque, était encore
largement perçue comme une sentence de mort. « Un membre de ma famille avait
déjà commencé à organiser mes funérailles, raconte-t-elle. Mais je savais que
j'allais survivre. Cela a pris du temps, mais j'ai accepté la maladie et j'ai
compris qu'avec un peu de discipline, je pouvais continuer à vivre ».
À cette époque, les personnes vivant avec le VIH étaient fortement
stigmatisées. Par peur du rejet, Sylvie garde son statut sérologique secret
pendant de nombreuses années. « Au final, la maladie fait moins mal que le
rejet et la méfiance, confie-t-elle. Beaucoup associent encore le VIH à la
prostitution, ce qui est totalement faux ».
Au fil du temps, elle décide de transformer son expérience en force.
Elle commence à militer pour les droits des personnes vivant avec le VIH, avant
de devenir conseillère dans un centre d'accompagnement des personnes infectées et
affectées par le VIH/ sida. Aujourd'hui médiatrice communautaire au sein d'une
ONG soutenue par une subvention du Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose
et le paludisme, Sylvie accompagne les patients dans leur orientation vers les
services de santé et leur apporte un soutien psychosocial.
Les médiateurs communautaires jouent également un rôle essentiel
dans la prévention des interruptions de traitement, qui peuvent entraîner un
échec thérapeutique ou favoriser l'apparition de résistances aux médicaments
antirétroviraux (ARV). « J'utilise ma propre histoire pour montrer aux gens
qu'on peut vivre avec le VIH et mener une vie normale», explique-t-elle.
En février de cette année-là, le Programme des Nations Unies pour
le développement (PNUD) en République du Congo a reçu du Fonds mondial plus de
27 millions d'euros, soit environ 18 milliards de francs CFA, dans le cadre du
projet de renforcement de la riposte nationale contre le VIH et la tuberculose.
Ce financement vise à améliorer l'accès aux services de
prévention, de dépistage et de traitement du VIH, de la tuberculose et du
paludisme, tout en renforçant durablement le système de santé. Une attention
particulière est accordée aux femmes enceintes afin d'accroître leur accès au
traitement antirétroviral.
Pendant le confinement instauré en réponse à la pandémie de COVID-19,
rejoindre les personnes vivant avec le VIH est devenu particulièrement difficile.
« Nous nous sommes organisés pour
assurer la continuité des traitements, explique Sylvie. Les déplacements étant
limités, nous allions directement au domicile des patients. Nous voulions à
tout prix éviter toute interruption du traitement, dont les conséquences
peuvent être mortelles. Mon témoignage lors des séances de conseil est très
important. Mon expérience redonne de l'espoir aux autres ».
LA PANDÉMIE A
ÉGALEMENT AGGRAVÉ LA PRÉCARITÉ DE NOMBREUSES FAMILLES.
La pandémie de COVID-19 a également aggravé la précarité des personnes
vivant avec le VIH et de leurs familles. Privés de revenus après la perte de
leur emploi, beaucoup se sont retrouvés dans une situation de grande
vulnérabilité. « Les kits alimentaires distribués par le PNUD ont été d'un
soutien précieux pour les personnes qui n'avaient plus les moyens de se nourrir,
explique Sylvie. La pandémie a accentué les difficultés de nombreuses familles.
Certains enfants ont même été abandonnés après le décès de leurs parents,
victimes des préjugés et des idées fausses qui entourent encore le VIH ».
MALGRÉ LES
DIFFICULTÉS, SYLVIE RESTE OPTIMISTE.
« Je suis convaincue qu'au cours de la dernière décennie, des progrès
considérables ont été réalisés. Nous sommes encore en vie parce que les efforts
de l'État, des partenaires et des acteurs communautaires se poursuivent. Il
faut éviter l'auto-stigmatisation.
Personne ne doit s'exclure lui-même. Se sentir accompagné par les services
de santé et soutenu par les pouvoirs publics est essentiel sur le plan
psychologique. Aujourd'hui, le combat contre le VIH continue avec de nouveaux
défis, mais les stigmates reculent peu à peu. En ce qui me concerne, je ne veux
plus me cacher ».
La riposte nationale contre le VIH et la Tuberculose bénéficie du nouveau
cycle de financement 2024-2027 du Fonds mondial (GC7).
Signée en partenariat avec le ministère de la Santé et le
Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), cette subvention de
32 659 607 millions d'euros vise, à réduire de moitié les nouvelles infections
à VIH d'ici à 2027, à diminuer la mortalité liée au sida, à améliorer l'accès
aux services de prévention et de traitement, à lever les obstacles liés aux
droits humains et au genre, ainsi qu'à renforcer la prise en charge de la tuberculose.
Le programme prévoit également un accompagnement social renforcé des personnes vivant
avec le VIH et des populations les plus vulnérables.
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