TEMOIGNAGE DE CLARISSE BANDOUENGA WOUMBA CELEBRER LA VIE APRES LA TUBERCULOSE
A Kombo Matari, près de
Brazzaville, une jeune vie conjugale a failli basculer avant même d’avoir
vraiment commencé. Quelques semaines après son mariage, Clarisse Bandouenga
Woumba, couturière, a vu son corps se dégrader sans explication : fièvre
persistante, toux, sueurs nocturnes, amaigrissement rapide. « Novembre,
décembre, janvier, je perdais du poids », se souvient-elle.
Les
premiers traitements administrés n’ont rien changé. Inquiète, la famille se
rend à l’hôpital Blanche Gomes, à Brazzaville, puis au centre des Grandes
Endémies pour des examens approfondis. Le verdict tombe : tuberculose. Le choc
est brutal. «J’ai pleuré toute la journée», raconte-t-elle. Au-delà de
la maladie, c’est la peur de contaminer ses enfants et de voir son avenir
s’effondrer qui l’envahit.
Pourtant,
derrière ce diagnostic lourd, une chaîne de prise en charge se met en place.
Clarisse entame un traitement de six mois. Les effets secondaires sont
difficiles, mais progressifs, son état s’améliore. Elle reprend du poids,
retrouve ses forces, et surtout, retrouve l’espoir. Dans un pays comme la
République du Congo, où la tuberculose reste l’une des principales menaces
infectieuses, son histoire illustre à la fois la vulnérabilité des patients et
les progrès du système de santé. En 2024, environ 19 000 personnes ont été
touchées par la maladie.
Mais
les efforts conjoints du ministère de la Santé, du PNUD, du Fonds mondial et de
leurs partenaires ont permis de réduire les cas de 13% et la mortalité
d’environ un tiers depuis 2015. Sur le terrain ces progrès reposent aussi sur
des acteurs discrets mais essentiels. À Brazzaville, Mary Vincent Paola Passy
Mambou assure le transport sécurisé d’échantillons biologiques. Elle parcourt
des distances parfois difficiles, garantissant que les prélèvements arrivent à
temps dans les laboratoires.
Ce
maillon logistique, souvent invisible, réduit les obstacles géographiques et
financiers qui empêchent encore de nombreux patients d’accéder au diagnostic.
Car malgré la gratuité des tests et des traitements, les coûts indirects :
transport, perte de revenus, éloignement des structures de santé, continuent de
peser lourd. Près d’une famille sur trois est encore exposée à des difficultés
financières liées à la maladie.
Les
avancées techniques, elles, sont bien réelles. Le Laboratoire national de
référence des mycobactéries à Brazzaville, renforcé jusqu’au niveau de
biosécurité 3 selon les normes de l’OMS, permet désormais des diagnostics plus
rapides et plus sûrs. L’introduction des tests moléculaires rapides de type
Xpert MTB/RIF dans 31 structures de santé a profondément amélioré la détection,
notamment des formes résistantes. « Le délai des résultats est d’environ 24
heures. Les patients apprécient cette rapidité », explique le Dr Darrel Ornelle
Elion Assiana, à la tête du laboratoire.
Cette
accélération change tout : traitement plus précoce, décisions médicales plus
sûres, meilleure surveillance des cas résistants. Entre 2022 et 2024,
l’utilisation des tests recommandés par l’OMS a augmenté de 133%, et la
confirmation bactériologique des cas a plus que doublé.
Pour
Clarisse, ce système a fait la différence. Après plusieurs mois de traitement,
elle reçoit enfin la confirmation de sa guérison. Une victoire personnelle,
intime, presque silencieuse. « J’étais guérie », dit-elle simplement, comme une
respiration retrouvée.
Son
histoire s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’un pays qui tente de
faire reculer l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde,
responsable encore de plus d’un million de décès en 2024. Mais elle rappelle aussi
une réalité plus fragile : sans financement durable et sans maintien des
efforts, les progrès peuvent facilement être remis en cause.
Pourtant, derrière ce diagnostic lourd, une chaîne de prise en charge
se met en place. Clarisse entame un traitement de six mois.
Au
bout du parcours, une évidence s’impose. Lutter contre la tuberculose, ce n’est
pas seulement traiter une maladie. C’est reconstruire des vies, sécuriser des
familles, et renforcer un système de santé capable de tenir dans la durée. Et
dans cette lutte, chaque guérison, comme celle de Clarisse, devient plus qu’un
résultat médical : un signe que la vie peut reprendre, malgré tout.
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