SIX QUESTIONS AU DR JEAN RAOUL CHOCOLAT. DIRECTEUR GENERAL DE L’HOPITAL GENERAL EDITH LUCIE BONGO ONDIMBA
Médecin-colonel et directeur général de l’Hôpital Général Edith Lucie
Bongo Ondimba d’Oyo depuis 2021, le Dr Jean Raoul Chocolat s’impose comme l’un
des acteurs clés du renforcement de la gouvernance hospitalière au Congo.
Sous son impulsion, l’établissement de référence du nord du pays connaît
une modernisation de sa gestion et une amélioration de son offre de soins,
portée par des réformes structurelles, des partenariats stratégiques et un
engagement constant pour l’accès équitable à la santé. Entretien.
Propos recueillis par Jérôme
BATUNGASSANA
1
LE METROPOLIS SANTE + : Dr Chocolat, vous êtes médecin colonel- major et directeur général de l’Hôpital Général Edith Lucie Bongo Ondimba d’Oyo depuis août 2021. Avant cette nomination, vous avez dirigé l’Hôpital Général Adolphe-Sicé à Pointe-Noire. Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel, de vos expériences passées et de ce qui vous a motivé à vous engager dans la gestion hospitalière au service de la santé publique ?
DR JEAN RAOUL CHOCOLAT : Je suis
médecin-colonel-major et dirige depuis août 2021 l’Hôpital Général Edith Lucie
Bongo Ondimba d’Oyo, après avoir exercé à la tête de l’Hôpital Général
Adolphe-Sicé de Pointe-Noire. Mon parcours s’est construit autour d’un même
objectif : rendre les soins accessibles aux populations. Très tôt, j’ai été
confronté aux limites de notre système de santé, manque de ressources,
d’infrastructures et parfois de volonté - ce qui m’a poussé à agir. Dans la
Cuvette-Ouest, entre 2008 et 2010, j’ai initié la gratuité de la césarienne et
des principales interventions obstétricales, réduisant significativement la
mortalité maternelle et infantile. Affecté ensuite dans la Lékoumou
(2010-2017), j’ai dû cumuler plusieurs responsabilités par manque de personnel,
mais cette contrainte m’a appris la résilience. Nous y avons consolidé la
gratuité de la césarienne, lancé celle des urgences pédiatriques, renforcé
l’accès aux soins pour les peuples autochtones, et réhabilité plusieurs
structures de santé. Ces expériences ont marqué mon engagement, confirmé en
2017 par ma nomination à la direction de l’Hôpital Adolphe-Sicé, puis en 2021 à
l’Hôpital Edith Lucie Bongo Ondimba. Partout où j’ai exercé, ma mission est
restée la même : placer la gestion hospitalière au service de la santé publique
et répondre aux besoins concrets des populations.
2
Dr Chocolat, pouvez-vous nous décrire la mission principale
de l’Hôpital Édith Lucie Bongo Ondimba et son impact concret sur la santé des
populations de la Cuvette et des régions voisines ?
Inauguré en 2017, l’Hôpital Général
Édith Lucie Bongo Ondimba d’Oyo est devenu en quelques années une référence
médicale dans le nord du Congo. Sa mission est claire : rapprocher des soins
spécialisés de qualité des populations de la Cuvette et des régions voisines.
Doté d’un plateau technique moderne, l’établissement propose des services
jusque-là réservés à Brazzaville ou à l’étranger : hémodialyse, laboratoire de
pointe, anatomopathologie, traumatologie avec pose de prothèses, ainsi qu’une
imagerie performante incluant scanner, IRM et angiographie. Il abrite également
le CREPIT, centre de recherche spécialisé dans les pathologies infectieuses et
tropicales. Aujourd’hui, l’hôpital franchit une nouvelle étape en développant
un programme de chirurgie cardiaque en partenariat avec le professeur Jean-Paul
Couetil et le CHU de Brazzaville. En moins d’une décennie, il s’impose déjà
comme un maillon clé du système de santé congolais et un pôle d’excellence pour
la prise en charge spécialisée.
3
L’hôpital fonctionne en partie grâce à la coopération
médicale avec Cuba. Quels sont les principaux avantages de ce partenariat pour
les patients et le personnel local ?
La coopération médicale avec Cuba
constitue un atout majeur pour l’Hôpital Général Édith Lucie Bongo Ondimba. Les
spécialistes cubains apportent leur expertise dans des domaines pointus tels
que l’anesthésie-réanimation, la chirurgie maxillo-faciale, la pédiatrie, la
médecine interne et la néphrologie. Leur présence contribue à combler la
pénurie chronique de personnel qualifié. De plus, le recrutement récent de
jeunes médecins cubains permet de renforcer durablement l’équipe médicale et
d’améliorer la qualité de la prise en charge des patients.
4
Quelles mesures l’hôpital a-t-il mises en place pour garantir que les soins soient accessibles à toutes les couches sociales, notamment aux populations rurales ?
L’Hôpital Édith Lucie Bongo Ondimba
veille à ce que toutes les couches sociales, y compris les populations rurales,
puissent accéder à des soins de qualité. Les tarifs, fixés par le comité de
direction, restent volontairement abordables : une consultation est à 5.000
FCFA et l’hémodialyse, après une première séance à 25.000 FCFA, passe à 5.000
FCFA. L’hôpital applique rigoureusement les politiques nationales de gratuité
et organise régulièrement des campagnes de dépistage et de traitement,
notamment lors des journées scientifiques en hommage à Edith Lucie Bongo. Des
campagnes spécifiques de cardiologie, incluant la pose gratuite de stents et de
pacemakers, ont également bénéficié à la population.
5
Quels sont les principaux défis auxquels l’hôpital est confronté aujourd’hui, et quelles innovations ou stratégies envisagez-vous pour améliorer la qualité des soins ? Quelles sont vos ambitions pour l’hôpital Edith Lucie Bongo Ondimba dans les prochaines années ?
Comme beaucoup d’établissements du
pays, l’Hôpital Édith Lucie Bongo Ondimba fait face à la contrainte du manque
de ressources. Mais cette réalité n’entrave pas sa volonté d’innover.
L’objectif reste clair : développer des stratégies adaptées pour maintenir et
renforcer la qualité des soins, tout en consolidant le rôle de l’hôpital comme
pôle d’excellence médicale pour les années à venir.
6
Comment l’hôpital perpétue-t-il l’esprit et les valeurs de
Madame Édith Lucie Bongo Ondimba, notamment son engagement pour la santé
maternelle et infantile ?
L’Hôpital Général Édith Lucie Bongo
Ondimba perpétue la mémoire et l’engagement de celle qui fut une figure
emblématique de la santé maternelle et infantile au Congo. Les valeurs portées
par son nom guident encore aujourd’hui les équipes dans leur mission
quotidienne : empathie, dévouement, impartialité, humanité, tempérance,
universalité et convivialité. Plus qu’un acronyme, ces principes constituent
une véritable boussole éthique et professionnelle, inspirant chaque action de
soin et chaque projet au service des patients.
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