SIMON KIMBANGU LE COMBAT D'UN HOMME, LA MEMOIRE D'UNE NATION 6 AVRIL
La
République démocratique du Congo a franchi une étape symbolique dans la
reconnaissance de son patrimoine historique et spirituel. Par ordonnance
présidentielle, le 6 avril est désormais institué « Journée du Combat de Simon
Kimbangu et de la Conscience Africaine », une journée déclarée chômée, fériée
et payée sur toute l'étendue du territoire national.
Au-delà
de l'hommage rendu au fondateur du kimbanguisme, cette décision consacre la
mémoire d'un homme considéré par des millions de fidèles comme un guide
spirituel, mais aussi comme l'un des premiers artisans de l'émancipation
africaine face au système colonial.
Par le Révérend Professeur Joseph Matondo Mbiyeyi
LA
RDC CONSACRE SIMON KIMBANGU ET ERIGE LA CONSCIENCE AFRICAINE EN DEVOIR DE MEMOIRE
UNE DATE HAUTEMENT SYMBOLIQUE
Signée le 30 mars 2023 par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo,
l'ordonnance N°23/042 a inscrit le 6 avril parmi les jours fériés légaux en
République démocratique du Congo. Cette date est désormais consacrée à la «
Journée du Combat de Simon Kimbangu et de la Conscience Africaine », en hommage
au prédicateur considéré comme l'un des précurseurs de la lutte pour la dignité
et l'émancipation du peuple congolais.
Le choix du 6 avril ne relève pas du hasard. C'est le 6 avril
1921, à Nkiantondo, dans l'actuelle province du Kongo Central, que Simon Kimbangu
déclare avoir reçu une révélation divine lui conférant le pouvoir de guérir les
malades. Cet événement marque le début d'un mouvement religieux qui prendra
rapidement une dimension sociale et politique.
Dans
le contexte de la colonisation belge, son message d'espérance, de justice et de
dignité humaine rencontre un écho considérable auprès des populations
congolaises. Les autorités coloniales y voient une menace pour leur pouvoir.
Quelques
mois seulement après le début de sa prédication, Simon Kimbangu est arrêté et
condamné à mort, avant que sa peine ne soit commuée en emprisonnement à
perpétuité.
Il
passera trente années de détention à Élisabethville (aujourd'hui Lubumbashi),
où il meurt le 12 octobre 1951. Pour de nombreux historiens, son combat a largement
dépassé
UNE RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE LA MÉMOIRE
NATIONALE
En instituant cette journée nationale, les autorités congolaises souhaitent
inscrire durablement l'héritage de Simon Kimbangu dans la mémoire collective.
L'expression « Conscience africaine » associée à cette commémoration traduit
une volonté de rappeler les valeurs de dignité, d'identité culturelle, de
liberté et d'unité qui ont nourri les mouvements d'émancipation du continent.
Pour les fidèles kimbanguistes, cette décision constitue également une reconnaissance
officielle de la contribution historique de leur Église la construction de
l'identité nationale. Fondée en 1921, l'Église kimbanguiste est aujourd'hui
connue sous son appellation officielle : Église de Jésus-Christ sur la Terre par
son envoyé spécial Simon Kimbangu (EJCSK). Depuis 2001, elle est dirigée par Sa
Divine Éminence Simon Kimbangu Kiangani, chef spirituel et représentant légal de
l'Église. Au fil des décennies, cette confession religieuse a considérablement
renforcé son rayonnement international. Elle est membre du Conseil œcuménique
des Églises (1969), de la Conférence des Églises de Toute l'Afrique (1974)
ainsi que de l'Organisation des Églises
Dans le contexte de la
colonisation belge, son message d'espérance, de justice et de dignité humaine
rencontre un écho considérable auprès des populations congolaises.
Indépendantes
d'Afrique (1974). Présente dans plusieurs dizaines de pays, elle rassemble
aujourd'hui plusieurs millions de fidèles en Afrique, en Europe et en Amérique
du Nord.
NKAMBA, UNE VILLE SAINTE AU COEUR DU KIMBANGUISME
Au
centre de cette histoire se trouve Nkamba, dans le Kongo Central, considérée par
les fidèles comme la «Nouvelle Jérusalem ». Lieu de pèlerinage majeur, Nkamba accueille
chaque année des milliers de croyants venus du monde entier pour participe aux
grandes célébrations religieuses. Sous la présidence de Félix Antoine
Tshisekedi Tshilombo, plusieurs projets d'infrastructures y ont été annoncés,
notamment la construction de la route reliant Nkamba à Mbanza-Ngungu, l'amélioration
de la voirie, le renforcement de l'accès à l'électricité et à l'eau potable ainsi
que l'octroi d'un statut particulier à la cité, désormais reconnue comme ville
sainte.
UNE RECONNAISSANCE PROGRESSIVE DES CHEFS
D'ÉTAT
L'histoire
récente montre que plusieurs dirigeants africains ont contribué à la
reconnaissance institutionnelle de Simon Kimbangu. En RDC, le président Mobutu
Sese Seko lui décerna, à titre posthume, le Grand Cordon de l'Ordre du Léopard
en 1991. Son successeur, Joseph Kabila, soutint notamment la révision du procès
de Simon Kimbangu. Celle-ci aboutit, en 2011, à une réhabilitation symbolique, lorsque
la justice congolaise reconnut officiellement son innocence.
Au centre de cette
histoire se trouve Nkamba, dans le Kongo Central, considérée par les fidèles
comme la « Nouvelle Jérusalem »
En
République du Congo, le président Denis Sassou N'Guesso a également multiplié
les gestes de reconnaissance envers l'Église kimbanguiste, notamment par
l'émission d'un timbre postal à l'effigie de Simon Kimbangu en 1987 et par son
soutien à plusieurs projets agricoles développés par l'Église à Kounzoulou. En
Angola enfin, les présidents José
Eduardo dos Santos puis João Lourenço ont entretenu des relations étroites avec
la communauté kimbanguiste, témoignant du rayonnement régional de cette
institution religieuse.
UNE FIGURE QUI DÉPASSE LE CADRE
RELIGIEUX
Cent
quatre ans après les événements de 1921, Simon Kimbangu demeure une
personnalité qui dépasse largement le seul univers confessionnel. Pour les
historiens, il représente l'une des premières grandes figures africaines ayant
contesté, par un discours spirituel et humaniste, l'ordre colonial établi. Pour
les fidèles, il demeure le symbole de la foi, de la résistance et de la
renaissance africaine.
Pour
les autorités congolaises enfin, son héritage participe désormais pleinement à
la construction de la mémoire nationale. En consacrant officiellement le 6
avril à son combat et à la conscience africaine, la RDC inscrit dans son
calendrier une date appelée à rappeler, chaque année, que les luttes pour la
dignité, la liberté et l'identité des peuples africains trouvent aussi leurs
racines dans l'histoire spirituelle du continent.
Aucun commentaire pour le moment.