SEPT QUESTIONS À MESSILAH NZOUSSI
Présentatrice du Journal télévisé
de Télé Congo, présidente du comité national du Réseau panafricain des
journalistes (RJP) au Congo-Brazzaville, marraine des Jeux de la Jeunesse de la
Francophonie et récemment nommée ambassadrice du « Coin des adolescentes »,
Messilah Nzoussi s'impose comme l'une des figures les plus influentes du
journalisme congolais et du leadership féminin. À travers un parcours marqué
par l'exigence, la persévérance et l'engagement, elle fait des médias un
puissant levier d'information, d'émancipation et de transformation sociale.
Dans cet entretien accordé au
magazine Le Metropolis, elle revient sur les grandes étapes de son parcours,
expose sa vision d'un leadership féminin inspirant et partage les valeurs qui
guident son action en faveur de la jeunesse, du journalisme de qualité et de la
promotion des femmes. Messilah Nzoussi, figure emblématique du Journal télévisé
de Télé Congo, a été distinguée, très récemment, par l'Association de la Presse
en Ligne du Congo (APLCO) pour son professionnalisme, sa rigueur et son
engagement en faveur de la jeunesse congolaise. Cette récompense salue une
carrière exemplaire ainsi que son implication dans la promotion des jeunes
talents. Très émue, la journaliste a dédié cette distinction à ses collègues et
aux téléspectateurs, y voyant une responsabilité supplémentaire : celle de
continuer à servir avec excellence..
Par
Jérôme Batungassana
« Le journalisme Congolais a encore de très belles pages à
écrire. Je souhaite, avec constance et conviction, contribuer à cette histoire ».
1.
LE METROPOLIS : Vous êtes aujourd'hui présidente du comité
national du Réseau panafricain des journalistes au Congo-Brazzaville et
marraine des Jeux des Jeunes de la Francophonie.
Votre récente élection à la tête de la section congolaise du
Réseau des Journalistes Panafricains (RJP) marque une nouvelle étape dans votre
parcours. Que représente pour vous cette responsabilité et quelle vision
souhaitez-vous porter à travers ce mandat ? Plus largement, quelle place le
leadership féminin occupe-t-il aujourd'hui dans les secteurs des médias et de
la jeunesse en Afrique ?
MESSILAH NZOUSSI
: Cette élection représente à la fois un honneur et une responsabilité. Porter
la voix des journalistes congolais au sein d'un réseau panafricain, c'est
défendre un journalisme rigoureux, crédible et profondément connecté aux
réalités de nos populations. C'est aussi assumer une responsabilité envers une
profession que je respecte profondément et envers celles et ceux qui l'exercent
avec exigence, parfois dans des conditions difficiles. Ma vision pour ce mandat
repose sur trois piliers : le professionnalisme, la solidarité et la
transmission.
Je
souhaite que les journalistes congolais soient mieux formés, mieux outillés et
davantage représentés sur la scène continentale. S'agissant du leadership
féminin dans les médias, je peux témoigner, en tant que professionnelle du
secteur, que le paysage médiatique congolais offre aujourd'hui une image
particulièrement encourageante. Les femmes sont nombreuses à l'écran, mais
également aux postes de responsabilité. À Télé Congo, des femmes dirigent la Direction
des programmes et la Direction de la production. Il n'y a pas si longtemps, une
femme occupait également la Direction de l'information.
De
nombreuses femmes sont aussi chefs de service. Dans les médias privés, la
Direction générale de DRTV est assurée par une femme, tout comme la Direction
de l'information de Vox TV.
Sur
ce point, je le dis sans détour : au Congo, nous n'avons plus véritablement de
revendication à porter concernant l'accès des femmes aux responsabilités dans
les médias. Les faits démontrent qu'elles exercent ces fonctions avec
compétence et légitimité.
Le
défi consiste désormais à consolider ces acquis dans la durée et à favoriser
leur extension à d'autres secteurs liés aux médias et à la jeunesse sur le
continent. C'est dans cet esprit que j'entends inscrire mon mandat : renforcer
les acquis nationaux tout en contribuant, à l'échelle panafricaine, à inspirer
d'autres pays.
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Quelles sont les priorités de votre mandat à la tête du RJP ?
Quelles initiatives avez-vous déjà engagées et quels sont les principaux
projets que vous souhaitez concrétiser dans les prochains mois ?
Mes
priorités peuvent se résumer en trois verbes : former, structurer et ouvrir. Former,
parce que j'ai vu trop de jeunes confrères et consœurs talentueux évoluer sans
véritable accompagnement.
Aujourd'hui,
l'intelligence artificielle fait partie intégrante de notre quotidien. Elle transforme
profondément nos méthodes de travail, nos pratiques de vérification de
l'information et notre manière de produire des contenus.
Le
journaliste congolais ne peut rester en marge de cette évolution. Je souhaite
donc que nos confrères soient formés à ces nouveaux outils, qu'ils en
comprennent les opportunités mais aussi les limites, afin de préserver la
crédibilité de l'information et de maintenir le journalisme congolais au niveau
des standards continentaux et internationaux. Structurer ensuite, parce qu'un
réseau sans organisation solide ne peut peser durablement face aux
institutions.
Enfin,
ouvrir le réseau aux autres organisations professionnelles du continent afin de
favoriser les échanges d'expériences et les coopérations. Concrètement, j'ai déjà
commencé à rencontrer de nombreux confrères et consœurs à Brazzaville et
prochainement à Pointe-Noire. Dans les mois à venir, nous organiserons des
ateliers pratiques sur l'intelligence artificielle, l'éthique journalistique et
les nouveaux défis du métier, tout en développant des partenariats avec les
autres sections nationales du RJP.
3
Votre parcours dans les médias, notamment à Télé Congo, témoigne
d'un engagement constant au service d'un journalisme rigoureux et
professionnel. Quels ont été les principaux défis que vous avez dû relever en
tant que femme journaliste, et quelles qualités vous ont permis de les
transformer en leviers de réussite ?
Le
principal défi a été de faire reconnaître ma légitimité professionnelle.
Lorsque l'on apparaît à l'écran, beaucoup imaginent qu'il suffit d'être
présentatrice. Ils oublient les longues heures de préparation, les recherches,
les reportages de terrain et tout le travail éditorial qui précède un journal
télévisé.
Ma vision pour ce mandat repose sur trois piliers : le
professionnalisme, la solidarité et la transmission.
J'ai
souvent dû démontrer que mes compétences n'étaient pas simplement liées à mon
image, mais reposaient sur un véritable savoir-faire journalistique. Il y a
également eu un défi plus personnel : trouver ma place sans renoncer à ma
personnalité, sans penser qu'il fallait devenir dur pour être respectée. Avec
le temps, j'ai compris que la détermination pouvait parfaitement s'exprimer
avec sérénité. C'est cette ténacité tranquille qui m'a permis d'avancer.
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Après avoir marqué le journal télévisé de Télé Congo et reçu
plusieurs distinctions pour votre professionnalisme, considérez-vous votre élection
à la tête du RJP comme l'aboutissement naturel de votre engagement en faveur du
développement du journalisme congolais et africain ?
Non,
sincèrement. Je ne le considère pas comme un aboutissement. Un aboutissement
évoque une fin, alors que j'ai encore énormément de projets à réaliser. Je vois
cette responsabilité comme une invitation à poursuivre mon engagement. J'ai eu
l'honneur de recevoir deux distinctions qui ont marqué mon parcours : l'Oscar
de la presse congolaise de la meilleure présentatrice du journal télévisé en
2019, puis le Trophée des médias africains de la meilleure présentatrice télé au niveau régional en 2021. Ces récompenses m'ont
profondément honorée, mais je ne les ai jamais considérées comme des points
d'arrivée. Elles constituent plutôt une motivation supplémentaire pour
continuer à servir un journalisme utile, exigeant et proche des citoyens.
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L'une des missions du RJP est de promouvoir un journalisme de
qualité et de préparer la relève. Comment accompagnez-vous les jeunes
journalistes, en particulier les femmes, afin qu'ils puissent accéder à des
fonctions de responsabilité et contribuer à l'évolution des médias sur le
continent ?
Je crois profondément à un accompagnement de proximité, concret et
fondé sur la transmission. Transmettre, c'est prendre le temps d'accompagner
une jeune journaliste dans la préparation d'un conducteur, d'une interview ou
d'une prise d'antenne.
C'est l'aider à surmonter le trac des premiers plateaux et à
acquérir progressivement les réflexes du métier. Comme je l'ai indiqué
précédemment, l'accès des femmes aux responsabilités dans les médias congolais
constitue aujourd'hui une réalité. Le véritable enjeu est désormais de
renforcer leurs compétences afin qu'elles puissent s'y maintenir durablement.
Le RJP entend jouer pleinement ce rôle, en développant des
formations, du mentorat et des opportunités professionnelles pour les jeunes
journalistes, femmes comme hommes. Car ce qui manque le plus souvent à la
relève, ce n'est pas le talent, mais l'accompagnement et les opportunités au
moment décisif.
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Derrière la journaliste, la dirigeante et la marraine se trouve
aussi une femme. Comment conciliez-vous les exigences de votre carrière, vos
responsabilités institutionnelles et votre vie personnelle ? Quel conseil
donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent mener une carrière ambitieuse
sans renoncer à leur équilibre personnel et familial ?
Je ne prétends pas avoir trouvé un équilibre parfait, d'ailleurs
je ne suis pas certaine qu'il existe réellement. Derrière la journaliste que
l'on voit à l'écran, derrière la dirigeante et la marraine, il y a une femme
avec ses aspirations, ses responsabilités et ses limites. Je ne cacherai pas
que cette profession exige de nombreux sacrifices. Certaines semaines sont
particulièrement intenses, entre les tournages, les cérémonies officielles et
les différentes responsabilités. Il faut alors savoir se recentrer sur l'essentiel.
Si l'on souhaite véritablement réussir dans ce métier, il faut
accepter de consacrer une part importante de son temps à sa profession, parfois
au détriment de sa vie personnelle. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est
une réalité. Aux jeunes femmes qui souhaitent mener une carrière ambitieuse, je
dirais d'avancer avec ambition, mais aussi avec lucidité. N'opposez jamais
votre réussite professionnelle à votre équilibre personnel. Ces deux dimensions
peuvent évoluer harmonieusement, à condition d'accepter que chacune demande du
temps, des efforts et parfois quelques sacrifices.
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Selon vous, quelles mesures concrètes les pouvoirs publics, les
entreprises de presse, les organisations professionnelles et la société civile
devraient-ils mettre en œuvre pour renforcer durablement le leadership féminin
dans les médias, en République du Congo comme en Afrique ?
Comme je l'ai indiqué au début de cet entretien, le Congo
constitue aujourd'hui un exemple encourageant en matière de représentation des
femmes aux postes de responsabilité dans les médias. Cette réalité mérite
d'être davantage connue et valorisée à l'échelle africaine. L'enjeu n'est plus
simplement d'ouvrir les portes, mais de consolider durablement cette présence.
Les entreprises de presse doivent continuer à investir dans la
formation et le perfectionnement des femmes qui exercent ces responsabilités afin
qu'elles puissent relever les défis liés aux mutations technologiques du
secteur. Les organisations professionnelles doivent davantage documenter et promouvoir
ces parcours inspirants afin qu'ils servent de modèles à la jeune génération.
La société civile, quant à elle, doit rester vigilante afin que
ces acquis soient préservés et consolidés. À l'échelle du continent, les
réalités restent contrastées. C'est pourquoi je souhaite que l'expérience congolaise
puisse inspirer d'autres pays grâce aux échanges et aux coopérations que
favorisera le Réseau des Journalistes Panafricains. « Le journalisme congolais
a encore de très belles pages à écrire. Je souhaite, avec constance et conviction,
contribuer à cette histoire ».
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