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RENCONTRE AVEC GICKELLE MPIKA, MAÎTRE DE CONFÉRENCES AGRÉGÉE

Creator : MANAGERS Vues : 218 vues Created : 5 mois, 3 semaines
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Figure de la médecine congolaise, la MCA Gickelle MPIKA incarne la rigueur, la résilience et l’excellence scientifique. Enseignante-chercheuse à l’Université Marien-Ngouabi et Présidente du Conseil Départemental l’Ordre des Médecins de Brazzaville au Congo, elle conjugue formation, recherche et engagement éthique. À travers cet entretien accordé au Magazine Le Metropolis Santé+, elle partage sa vision de la formation médicale, les défis du dépistage des cancers et l’importance d’une pratique fondée sur la responsabilité, l’équité et la persévérance.

 

LE MÉTROPOLIS SANTÉ+ : Votre parcours académique, jusqu’à votre agrégation, témoigne d’une grande rigueur scientifique. Quels ont été, selon vous, les principaux défis et leviers de réussite dans votre carrière universitaire ?

 

MCA Gickelle MPIKA : Les principaux défis ont été avant tout liés à la discipline et à la capacité de garder les yeux fixés sur les objectifs, malgré un environnement parfois difficile. Il a fallu concilier exigences académiques, contraintes institutionnelles et engagements personnels, ce qui n’a pas toujours été simple.

Les leviers de réussite ont résidé principalement dans la résilience. C’est cette force intérieure qui permet de rester concentrée sur l’essentiel, de surmonter les obstacles et de prioriser naturellement l’atteinte des objectifs professionnels, sans jamais renoncer à l’excellence.

 

Comment parvenez-vous à concilier vos responsabilités d’enseignante-chercheuse, de clinicienne et de dirigeante d’institutions médicales, tout en continuant à inspirer les jeunes médecins et étudiantes en médecine ?

 

Tout repose sur une organisation personnelle rigoureuse et une véritable discipline de vie. Il est essentiel d’apprendre à structurer chaque chapitre de son parcours professionnel — et même de sa vie personnelle — pour maintenir un équilibre harmonieux. De façon assez naturelle, j’ai toujours exercé plusieurs activités en parallèle : l’enseignement, la pratique clinique et les fonctions administratives. Cette polyvalence est rendue possible grâce au soutien de collaborateurs compétents et bien formés, dont l’engagement facilite grandement la réalisation des tâches quotidiennes. Cela permet d’accomplir le travail avec sérénité, sans épuisement, tout en préservant la passion pour la médecine. C’est, je crois, cette passion et cette rigueur tranquille qui inspirent mon entourage et, en particulier, les jeunes apprenants.

 

En tant que Maître de conférences agrégée à l’Université Marien-Ngouabi, comment percevez-vous l’évolution de la formation médicale au sein de cette institution, notamment face aux nouveaux défis de santé publique au Congo ?

De réelles avancées sont observables dans la formation médicale au Congo, et particulièrement à l’Université Marien-Ngouabi. Le programme de formation s’appuie désormais sur l’approche par compétences, une méthode qui place l’étudiant au cœur de l’apprentissage et favorise le développement de savoir-faire concrets. Cette orientation permet aux jeunes médecins d’être plus performants et immédiatement opérationnels à la fin de leurs études.

Par ailleurs, de nouvelles filières ont été introduites au sein de la Faculté des Sciences de la Santé, et plusieurs promotions sont déjà sorties et en exercice. Cette diversification de l’offre académique contribue directement à renforcer la qualité du système de santé congolais, en répondant mieux aux besoins actuels de la population et aux défis de santé publique.

 

Quels efforts l’Université Marien-Ngouabi déploie-t-elle aujourd’hui pour renforcer la recherche médicale et encourager la relève féminine dans le corps enseignant et scientifique ?

L’Université Marien-Ngouabi s’engage de manière concrète dans le renforcement de la recherche médicale, notamment à travers des programmes de soutien aux chercheurs, le renforcement des capacités scientifiques et la mise à disposition de ressources documentaires et logistiques favorisant la production de travaux de qualité. Ces initiatives visent à stimuler une culture de recherche dynamique et durable au sein de la Faculté des Sciences de la Santé.

Concernant la promotion de la relève féminine, les efforts sont constants et transversaux. Les femmes sont encouragées à s’impliquer pleinement dans les activités d’enseignement, de recherche et de gestion académique. Le respect et la valorisation du genre féminin sont devenus des priorités institutionnelles, avec une volonté affirmée de voir davantage de femmes accéder aux postes de responsabilité scientifique et universitaire.

 

Après un mois d’Octobre Rose dédié à la lutte contre le cancer du sein, comment sensibiliser durablement les populations — femmes et hommes — à la prévention des cancers dans un contexte africain encore marqué par le retard de dépistage ?

La sensibilisation doit être un exercice quotidien et continu. Elle ne doit pas se limiter aux campagnes ponctuelles, mais s’intégrer à toutes les occasions, notamment lors des consultations médicales, activités communautaires ou émissions de santé publique. Tous les canaux médiatiques : radio, télévision, presse écrite, réseaux sociaux doivent être mobilisés pour toucher l’ensemble des couches sociales, y compris les plus vulnérables.
La répétition des messages est essentielle, car elle permet de briser les tabous et de déconstruire les croyances fondées sur le surnaturel, encore très présentes dans nos sociétés. En rendant les informations sur la prévention et le dépistage permanentes et accessibles, on favorise une véritable culture de la santé, fondée sur la connaissance et la responsabilité individuelle.

Quels sont les facteurs de risque connus pour le cancer du col de l’utérus ? Le dépistage est-il suffisamment développé au Congo ? Quels examens sont recommandés pour les femmes à risque ?

Les principaux facteurs de risque du cancer du col de l’utérus sont bien identifiés. Ils incluent notamment les rapports sexuels précoces, l’immunodépression, les infections sexuellement transmissibles, ainsi que la consommation de tabac. Cependant, il est important de rappeler que ce cancer est avant tout viro-induit, c’est-à-dire causé par le virus du papillome humain (HPV). La prévention repose donc sur la sensibilisation et le dépistage régulier. Au Congo, les efforts se poursuivent pour renforcer ces pratiques, mais il reste encore des progrès à accomplir afin de les rendre plus accessibles sur l’ensemble du territoire.

Les examens recommandés comprennent le test HPV et le frottis cervico-utérin, qui demeurent les outils de référence. Dans notre contexte, où les ressources sont parfois limitées, l’inspection visuelle à l’acide acétique et au Lugol (IVA/IVL) constitue une alternative efficace et abordable. En cas d’anomalie détectée, une colposcopie est indiquée, suivie, si nécessaire, d’une biopsie pour analyse histologique, seule capable de confirmer le diagnostic.

Le mois de Novembre Bleu met en lumière les cancers masculins, notamment celui de la prostate. Quels messages souhaitez-vous adresser aux hommes congolais sur l’importance du dépistage précoce et de la consultation médicale régulière ?

Le dépistage précoce joue un rôle essentiel dans la prévention et la prise en charge efficace du cancer de la prostate. Il permet de détecter la maladie à un stade où les chances de guérison sont optimales. J’encourage donc vivement les hommes congolais à consulter régulièrement leur médecin généraliste, ou, idéalement, un urologue.

Lors de cette consultation, deux examens complémentaires sont recommandés : le toucher rectal et le dosage plasmatique du PSA (antigène prostatique spécifique). Ces examens, simples et accessibles, constituent la base du dépistage.

Il est conseillé de réaliser ce contrôle une fois par an à partir de 45 ans chez les hommes présentant des antécédents familiaux de cancer de la prostate, et à partir de 50 ans pour le reste de la population masculine. Une participation active, qu’elle soit individuelle ou collective, reste la meilleure stratégie pour réduire la mortalité liée aux cancers masculins et promouvoir une véritable culture du dépistage au Congo.

Comment encourager les femmes à parler de leur santé gynécologique et à ne pas attendre l’apparition des symptômes ? Selon vous, quel rôle peuvent jouer les associations, fondations et leaders féminins dans la lutte contre les cancers gynécologiques ?

Il est indispensable de briser le tabou culturel qui entoure encore la santé gynécologique dans nos sociétés. Trop souvent, les femmes hésitent à parler des anomalies qu’elles observent sur leurs organes intimes, par pudeur ou par crainte du jugement. Or, le silence retarde le diagnostic et compromet les chances de guérison. Il faut donc encourager un dialogue ouvert, sans honte ni peur, autour de ces questions de santé.

Dans cette dynamique, les associations, fondations et leaders féminins ont un rôle crucial à jouer. Ils peuvent exhorter les femmes à s’exprimer, à consulter dès les premiers signes d’alerte, et à participer activement aux campagnes de sensibilisation. Leur action permet aussi de favoriser la prise en charge précoce et d’accompagner les patientes dans leur parcours de soins. En soutenant ces initiatives communautaires et éducatives, nous pouvons considérablement réduire le nombre de diagnostics tardifs et sauver davantage de vies.

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