RD CONGO : LE VIH/SIDA EST-IL VRAIMENT DERRIERE NOUS ?
La mobilisation de l'opinion publique autour du VIH/sida en
République démocratique du Congo semble avoir perdu de son élan. Pourtant, si
la décennie 2010-2020 a marqué des progrès remarquables dans la lutte contre
l'épidémie, les défis restent nombreux.
Par
François MUKANDILA
La
prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant est passée de 45% à
85%, tandis que les nouvelles infections chez les enfants ont sensiblement diminué,
selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
Malgré
ces avancées, la baisse des financements internationaux fragilise les acquis et
nourrit l'idée que le VIH appartient désormais au passé. Cette situation
intervient dans un contexte de réduction des financements américains consacrés
à la lutte contre le VIH. « Ces restrictions financières imposent une
optimisation des ressources afin de garantir la continuité des activités
vitales sur le terrain », a déclaré Marie-Margrete Molnar, directrice de
l'ONUSIDA en RDC, à l'issue d'une rencontre tenue en mars dernier à Kinshasa
avec Liévin Kapend, secrétaire exécutif du Programme national multisectoriel de
lutte contre le sida (PNMLS). Face à ces enjeux, le gouvernement congolais poursuit
la mise en oeuvre du Plan stratégique national 2023-2027. Cet engagement a été
renforcé en juin 2025 avec le lancement de l'Initiative présidentielle pour
l'élimination du Sida chez les enfants (IPESE) à l'horizon 2030, dotée d'un
financement de 10 millions de dollars. L'objectif est de réduire les inégalités
d'accès aux traitements. Aujourd'hui, seuls 44 % des quelque 50 000 enfants
vivant avec le VIH bénéficient d'un traitement antirétroviral, contre près de
90 % des adultes.
LES ORPHELINS DU SIDA, LES OUBLIÉS DE LA
LUTTE ?
Derrière
les statistiques se cachent des milliers d'histoires souvent invisibles : celles
des orphelins du sida. Déjà éprouvés par la maladie et la perte de leurs parents,
ces enfants restent confrontés à la stigmatisation, à la précarité et à l'exclusion.
Accéder à l'école, bénéficier de soins ou trouver une famille d'accueil demeure
un défi quotidien. Pour Nana Bolodjua, présidente de l'association Élan de
Coeur, la solidarité passe aussi par la culture. Depuis huit ans, l'association
organise des concerts caritatifs mêlant musique classique et contemporaine afin
de soutenir les orphelins et les enfants vivant avec le VIH. « Les mots de la compassion
se font silencieux à nos oreilles parce qu'ils s'adressent à notre coeur.
Aujourd'hui
encore, ces mots résonnent en moi comme lors de la deuxième édition de notre
soirée caritative », confie-t-elle. « Depuis huit ans, notre association Élan de
Coeur organise ces rencontres avec un objectif clair : créer une véritable
chaîne de solidarité autour des enfants vulnérables et des orphelins du sida ».
Les fonds récoltés contribuent à la scolarisation des enfants de 6 à 17 ans, au
financement de formations professionnelles pour les jeunes de 18 à 24 ans
vivant avec le VIH, tout en favorisant la promotion de la musique classique et
contemporaine à travers un grand concert annuel. La huitième édition s'est
tenue le 3 juillet 2026 au Showbiz de Kinshasa, avec notamment la participation
de la Chorale Fatima.
MALAÏKA, LE VISAGE DE TOUS LES ENFANTS
OUBLIÉS
Moment
fort de la soirée, le récit artistique Malaïka a profondément ému le public. Portée
par des conteurs, accompagnée de musique classique et de percussions, cette œuvre
met en scène une petite fille née séropositive. Son père, agriculteur, contracte
le VIH après une blessure dans son champ avant de succomber à la maladie. Sa
mère, également séropositive, donne naissance à Malaïka, qui ne survivra que
grâce à la générosité de personnes de bonne volonté. Cette histoire fictive
reflète pourtant le destin de nombreux enfants en République démocratique du
Congo. Elle rappelle que, derrière les chiffres, se cachent des vies
bouleversées et que la solidarité peut véritablement changer un destin.
Présente
à Kinshasa, à Pointe-Noire et dans d'autres villes de la sous-région,
l'association Élan de Coeur poursuit cette mission avec le soutien de
partenaires tels que Rawbank et TMB (Trust Merchant Bank). Des centaines
d'enfants vulnérables ont ainsi retrouvé l'espoir grâce à cette chaîne de
solidarité. À l'heure où les financements internationaux diminuent, ces
initiatives citoyennes démontrent que la lutte contre le VIH ne peut reposer
uniquement sur les États et les bailleurs. Les progrès sont réels, mais la
bataille est loin d'être gagnée. Derrière chaque statistique se cache une vie,
une famille, un enfant qui attend encore que la solidarité continue de s'exprimer.
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