PROFESSEUR JEAN ROSAIRE IBARA, MINISTRE DE LA SANTE ET DE LA POPULATION DE LA REPUBLIQUE DU CONGO
Réélu à la tête de la République du Congo, le président Denis
Sassou-N’Guesso poursuit son ambition de bâtir un système de santé plus
performant, plus résilient et plus accessible. Chargé de mettre en œuvre cette
vision depuis sa nomination le 14 janvier 2025, le professeur Jean Rosaire
Ibara, ministre de la Santé et de la Population, dresse, dans un entretien
exclusif accordé à Le Metropolis, le bilan des réformes engagées, évoque les
principaux défis du secteur et présente les priorités de son action pour les
cinq prochaines années. Entretien.
Par
Jérôme Batungassana
La santé est une vocation que j'ai choisie dès ma jeunesse. C'est donc
avec passion, engagement et sens du devoir que j'accomplis cette noble mission.
LE METROPOLIS :
Monsieur le Ministre, vous dirigez le ministère de la Santé et
de la Population depuis le 14 janvier 2025. À l’heure où le président Denis
Sassou-N’Guesso entame un nouveau mandat, quel bilan dressez-vous des
politiques de santé mises en œuvre sous son leadership ? Quels sont, selon vous,
les acquis les plus significatifs ?
PROFESSEUR JEAN ROSAIRE IBARA : Je voudrais tout d’abord remercier chaleureusement Le
Metropolis pour le privilège qui m’est offert de m’exprimer dans vos
colonnes. C’est un honneur de pouvoir partager avec vos lecteurs les grandes orientations
de notre politique de santé, à un moment
où la République du Congo poursuit résolument la modernisation et le
renforcement de la résilience de son système de santé.
Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à Son Excellence
Monsieur Denis Sassou-Nguesso, Président de la République, Chef de l’État,
ainsi qu’à Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, pour la
confiance qu’ils m’ont accordée en me confiant la conduite des politiques
publiques de santé. Cette confiance constitue pour moi un honneur, mais surtout
une responsabilité que j’assume avec la rigueur du médecin et la détermination
de l’homme d’État.
La santé est une vocation que j’ai choisie dès ma jeunesse. C’est
donc avec passion, engagement et sens du devoir que j’accomplis cette noble
mission. Chaque réforme engagée, chaque décision prise dans ce secteur
représente un engagement en faveur de la vie et un contrat moral avec nos
concitoyens. C’est dans cet esprit de responsabilité, d’écoute et de
mobilisation collective que je répondrai à vos questions.
Sous le leadership du président Denis Sassou-N’Guesso, une étape décisive
a été franchie : la santé est désormais placée au cœur de l’action publique.
Parmi les acquis les plus marquants figurent la gratuité de certains soins
essentiels, notamment la prise en charge du paludisme et des césariennes, ainsi
que la construction des hôpitaux généraux de Djiri, à Brazzaville, de Ngoyo, à
Pointe-Noire, de Sibiti, dans le département de la Lékoumou, et de Ouesso, dans
la Sangha.
À ces réalisations s’ajoutent les chantiers actuellement en cours
à Kinkala et à Impfondo, qui contribueront à renforcer davantage l’offre de
soins sur l’ensemble du territoire national.
Il convient de souligner que ces établissements sont tous dotés d’équipements
médicaux de dernière génération et participent à la volonté du Chef de l’État
de doter l’ensemble du territoire national d’infrastructures sanitaires
modernes. Par ailleurs, la modernisation progressive des hôpitaux se poursuit,
notamment à travers la réhabilitation et l’équipement de l’hôpital spécialisé
mère enfant Blanche Gomes, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route
nationale pour la Couverture Sanitaire Universelle. Ces avancées traduisent une
volonté politique forte et une responsabilité collective.
La santé est une vocation que j'ai choisie dès ma jeunesse. C'est
donc avec passion, engagement et sens du devoir que j'accomplis cette noble
mission.
Au cours des dernières années, plusieurs réformes et investissements
ont été engagés dans le secteur de la santé. Quels programmes, infrastructures
ou initiatives illustrent le mieux cette volonté de moderniser le système
sanitaire congolais ?
Les initiatives les plus emblématiques sont sans conteste la construction
de nouvelles infrastructures hospitalières répondant aux standards
internationaux, comme je viens de le souligner. À cela s’ajoutent des réformes
majeures visant à améliorer la gouvernance du système de santé et la performance
des programmes de santé publique.
Je citerai notamment le renforcement de la chaîne d’approvisionnement
en médicaments et produits de santé destinés aux programmes de lutte contre le
VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme, mis en œuvre en partenariat avec le
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ces actions
témoignent de notre volonté de rapprocher les soins des populations, de
sécuriser l’approvisionnement en médicaments essentiels et d’améliorer la
traçabilité ainsi que l’efficacité de nos interventions.
Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état du système de santé
congolais ? Quelles en sont les principales forces, mais aussi les défis
prioritaires auxquels votre ministère devra répondre durant ce nouveau quinquennat
?
Notre principale force réside dans l’engagement remarquable des
professionnels de santé, la clarté de nos orientations stratégiques et la
capacité de notre pays à faire face aux urgences sanitaires. À chaque menace
épidémique dans la sous-région, le Congo a démontré sa capacité à réagir
rapidement afin de protéger sa population. Cette résilience est le fruit d’une
organisation solide, d’une surveillance épidémiologique permanente et d’une
mobilisation de tous les acteurs. Les défis restent toutefois importants :
renforcer les ressources humaines, réduire les inégalités territoriales d’accès
aux soins, moderniser les plateaux techniques, accélérer la transformation
numérique du système de santé et consolider la gouvernance hospitalière.
La mise en œuvre de la Caisse d’assurance maladie universelle
(CAMU) constitue l’un des projets les plus attendus par les Congolais et un
levier essentiel pour atteindre la couverture sanitaire universelle,
conformément à l’Objectif de développement durable n° 3. Où en est aujourd’hui
ce projet ?
La CAMU constitue l’une des réformes sociales les plus importantes
de ce nouveau mandat. Son déploiement sera progressif afin de garantir sa
viabilité et son efficacité. Les premières bénéficiaires seront les populations
les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes, les enfants, les
personnes vivant avec un handicap et les personnes en situation de grande
précarité.
La CAMU prendra en charge un panier de soins essentiels,
comprenant notamment les urgences vitales et les soins obstétricaux. À terme,
elle permettra de réduire les dépenses directes des ménages et de rapprocher le
Congo de l’objectif de couverture sanitaire universelle. C’est un puissant
instrument de justice sociale et de solidarité nationale.
Le partenariat public-privé est désormais considéré comme un levier
majeur de modernisation des systèmes de santé. Quelle place occupe-t-il dans
votre stratégie ?
Le partenariat public-privé constitue effectivement un levier stratégique
de modernisation. La République du Congo s’est dotée d’un cadre juridique
spécifique avec la loi n° 88-2022 du 30 décembre 2022 relative au partenariat
public-privé, ainsi que d’un ministère chargé de sa mise en œuvre. Cette
volonté politique traduit notre ambition de mobiliser davantage les
investissements privés au service de la santé publique. Nous souhaitons
renforcer la coopération dans la construction et la gestion des infrastructures
hospitalières, la transformation numérique, la télémédecine, les équipements
biomédicaux et l’innovation.
À chaque menace épidémique dans la sous-région, le Congo a démontré
sa capacité à réagir rapidement afin de protéger sa population.
Une priorité majeure consiste également à développer une industrie
pharmaceutique nationale capable de produire localement des médicaments
génériques et essentiels afin de renforcer notre souveraineté sanitaire,
réduire notre dépendance aux importations et garantir un approvisionnement
régulier des populations.
Les ressources humaines constituent l’un des principaux défis du
système de santé. Quelles mesures envisagez-vous pour améliorer la formation,
le recrutement et la répartition des professionnels de santé ?
Grâce à la coopération exemplaire entre la République du Congo et la
République de Cuba, plus de 2 000 médecins ont été formés. Les trois promotions
sont aujourd’hui de retour au pays et participent au renforcement de notre
système de santé. Près des deux tiers ont déjà été intégrés dans la fonction
publique et affectés dans les différentes structures sanitaires, tandis que les
autres exercent sous contrat avec le ministère dans l’attente de leur
intégration définitive.
Nous poursuivrons les recrutements afin d’améliorer progressivement
le ratio médecins-population conformément aux recommandations de l’OMS. Nous
continuerons également à renforcer la motivation des personnels de santé, à
améliorer leurs conditions de travail et à assurer une répartition plus équilibrée
des compétences sur l’ensemble du territoire national.
La diaspora congolaise regorge de médecins, chercheurs et spécialistes
de haut niveau. Quelle stratégie le Gouvernement entend-il mettre en œuvre pour
mobiliser ces compétences ?
J’ai moi-même exercé la médecine en France à l’issue de ma spécialisation.
Pourtant, j’ai fait le choix de rentrer au pays afin de mettre mes compétences
au service de mes compatriotes. Cette expérience personnelle rejoint l’appel
lancé à plusieurs reprises par Son Excellence Monsieur Denis Sassou-N’Guesso
aux Congolais de la diaspora : revenir contribuer au développement national.
La santé est une vocation que j'ai choisie dès ma
jeunesse. C'est donc avec passion, engagement et sens du devoir que j'accomplis
cette noble mission.
Je m’associe pleinement à cet appel. Le Congo a besoin de toutes ses
compétences. Nous développons des mécanismes permettant d’impliquer davantage
la diaspora à travers des missions d’expertise, des programmes de recherche,
des transferts de compétences et des partenariats universitaires. Nous nous
réjouissons d’ailleurs de voir de plus en plus de compatriotes revenir au pays
pour participer à la modernisation de notre système de santé.
Le renforcement des compétences passe également par la
formation. Comment votre ministère entend-il consolider les partenariats avec
les universités et les institutions internationales ?
Le partenariat entre le Centre hospitalier et universitaire de
Brazzaville et l’Université Marien-Ngouabi constitue un modèle de coopération
entre les secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur.
Nous souhaitons aller encore plus loin. L’Institut national de biologie
et de veille sanitaire, récemment inauguré par le Président de la République, a
vocation à devenir un centre d’excellence en matière de recherche, de formation
et de surveillance épidémiologique pour le Congo et l’Afrique centrale. Nous
poursuivrons le développement de partenariats avec les universités, les
facultés de médecine et les institutions internationales afin de renforcer la
qualité de la formation, promouvoir la recherche biomédicale et mieux préparer
notre pays aux défis sanitaires de demain.
Le Congo poursuit la lutte contre le paludisme, la tuberculose,
le VIH/ sida et d’autres maladies transmissibles. Quels résultats ont été
obtenus ces dernières années ?
La lutte contre les grandes maladies transmissibles demeure une
priorité nationale. Grâce à l’engagement du Gouvernement et à l’appui de nos
partenaires, nous assurons la gratuité des traitements contre le VIH/sida, la
tuberculose et le paludisme.
Le Président de la République nous a donné des instructions très
claires : aucune rupture de médicaments ne doit intervenir. Cette exigence
traduit une volonté politique forte de garantir un accès permanent aux
traitements essentiels. En parallèle, nous renforçons les capacités de
surveillance épidémiologique, les laboratoires, les équipes d’intervention
rapide et les dispositifs de préparation aux urgences sanitaires afin de
protéger durablement les populations.
Le financement demeure un enjeu majeur pour la transformation du
système de santé. Quelle contribution attendez-vous des partenaires techniques
et financiers ?
Nous nous réjouissons d'ailleurs de voir de plus en plus de
compatriotes revenir au pays pour participer à la modernisation de notre
système de santé.
Le financement constitue effectivement l’un des principaux défis de
notre système de santé. L’État augmente progressivement les ressources
consacrées à ce secteur, mais les besoins restent considérables. C’est pourquoi
nous continuerons à renforcer notre coopération avec les partenaires techniques
et financiers, dont l’appui demeure essentiel pour accélérer la mise en œuvre
de nos réformes. En retour, nous veillerons à garantir une gestion rigoureuse, transparente
et performante des ressources publiques. C’est à cette condition que nous
préserverons la confiance de nos partenaires et assurerons la pérennité des progrès
réalisés au bénéfice de la population congolaise.
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