PROFESSEUR ANGE ANTOINE ABENA. PRESIDENT L’UNIVERSITE DENIS SASSOU-N’GUESSO
« Bâtir une université d'excellence, moderne
et résolument panafricaine » : telle est l'ambition portée par le Professeur
Ange Antoine Abena à la tête de l’Université Denis Sassou-N'Guesso. Alors que
l'établissement s'apprête à valider son nouveau plan stratégique, centré sur la
recherche de pointe, l'assurance qualité et l'entrepreneuriat étudiant, son
président fait le point sans détour. De la mise en service progressive des
infrastructures de Kintélé à l'évaluation systématique des formations par le
CAMES, en passant par le partenariat stratégique avec la SNPC et le projet d'un
incubateur de 100 hectares à Bambou, il détaille la feuille de route d'une
institution résolument engagée dans la formation de l'élite scientifique,
technologique et économique de demain.
Propos recueillis par Wilfrid Lawilla DIANKABAKANA
LE METROPOLIS : Vous êtes à la tête de cette université cinq ans
après son inauguration. Elle a été conçue pour offrir une alternative au modèle
universitaire classique. Comment cette vision renouvelée se traduit-elle
concrètement dans le quotidien de l’enseignement ?
PR ANGE ANTOINE ABENA :
Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à notre alma mater et d’avoir
fait le déplacement jusqu’à Kintélé. La vision qui guide notre université a été
impulsée par le Chef de l’État : bâtir une université d’excellence, moderne,
scientifique, technologique et résolument panafricaine. Notre ambition est de
former des jeunes Congolais et Africains qui soient à la fois des cadres
hautement qualifiés et des citoyens responsables, conscients des enjeux de leur
pays et de leur continent. C’est dans cet esprit que nous avons élaboré notre
premier plan stratégique, dont le pilier central est la transformation de
l’homme. Nous voulons faire de cette culture de l’engagement l’identité même de
l’Université Denis Sassou-N’Guesso.
À cela s’ajoute une exigence permanente de qualité. Nous avons
ainsi fait le choix, encore rare pour une université publique de l’espace CAMES,
de soumettre volontairement l’ensemble de nos formations à l’évaluation du
CAMES afin d’en garantir l’excellence.
Le bilan de ces cinq premières années est encourageant. Partie de
zéro, l’université compte aujourd’hui quatre établissements pleinement
opérationnels sur les dix prévus à terme. Nous venons de célébrer la quatrième
promotion de Licence et la deuxième promotion de Master. Notre établissement
bénéficie désormais d’une reconnaissance régionale et internationale, tandis
que notre corps enseignant se renforce progressivement avec quinze
maîtres-assistants déjà titularisés et 21 autres candidats en attente des
résultats de la session 2026 du CAMES. [Cette interview a été réalisée le 25
juillet 2026, avant la publication des résultats, NDLR.].
Parallèlement, nous avons structuré notre politique de recherche
autour de quatre axes stratégiques directement liés aux priorités nationales,
afin d’ouvrir nos écoles doctorales dès le mois d’octobre. Nous avons également
fait de l’assurance qualité et de la transformation numérique des priorités.
Une cellule dédiée à l’assurance qualité a été créée et la dématérialisation
progresse : les inscriptions aux concours se font désormais en ligne et, dans
certains établissements pilotes, les étudiants reçoivent déjà leurs résultats
sur leur téléphone. Nos évaluations montrent que nous avons atteint 54% des
objectifs de notre plan stratégique avec seulement 17% du budget initialement
prévu. Ce résultat témoigne de l’engagement de nos équipes, mais aussi de la
nécessité de renforcer nos capacités de financement.
C’est dans cette perspective que nous avons noué un partenariat
stratégique avec la SNPC, qui accompagnera le pilotage de notre prochain plan
stratégique. Enfin, le développement des infrastructures se poursuit
progressivement.
Cette montée en puissance, bien qu’imposée par les contraintes de
construction et de financement, nous permet d’accompagner sereinement la
croissance de l’université. Notre objectif est désormais d’intégrer un nouvel
établissement chaque année afin de poursuivre la construction d’une université d’excellence
au service du Congo et de l’Afrique.
Vous avez mentionné les quinze enseignants titulaires du grade
de maître-assistant. Mais à ce jour, combien l'université compte-t-elle d'enseignants
permanents ?
Nous comptons actuellement une centaine d’enseignants permanents. Cet
effectif se répartit entre maîtres-assistants, assistants et assistants
techniques d'enseignement et de recherche (ATER). Les ATER sont titulaires d'un
Master, tandis que les assistants et les maîtres-assistants sont tous
titulaires d'un doctorat. Les maîtres assistants sont ceux qui ont présenté
avec succès leur candidature aux concours du CAMES.
L'université a été conçue avec une vocation panafricaine. Aujourd'hui,
combien d'étudiants issus d'autres pays africains accueillez-vous ?
C'est encore l'un de nos points faibles. Nous accueillons
actuellement moins d'une dizaine d'étudiants étrangers. Mais nous travaillons activement
à renforcer cette dimension panafricaine. Je suis convaincu qu'avec les progrès
en cours et le rayonnement grandissant de l'université, ce nombre augmentera
rapidement dans les années à venir.
En regardant vers l'avenir, quels sont les grands projets qui marqueront
le développement de l'UDSN au cours des cinq prochaines années ?
Nous avons ainsi fait le choix, encore rare pour une université
publique de l'espace CAMES, de soumettre volontairement l'ensemble de nos
formations à l'évaluation du CAMES afin d'en garantir l'excellence.
Une université ne peut devenir un espace de faveur ou de clientélisme
; elle doit demeurer un lieu d’exigence, de compétence et de mérite.
Lors de notre dernier Conseil de direction, tenu le 22 juillet,
nous avons adopté un nouveau plan stratégique articulé autour de cinq axes
majeurs. L'essentiel de notre action pour les cinq prochaines années sera
centré sur la recherche. Concrètement, cela se traduira dès la prochaine
rentrée par l'ouverture de deux écoles doctorales destinées à accueillir nos
diplômés de Master ainsi que des étudiants venus d'autres pays africains. Nous
disposons désormais d'une dizaine de laboratoires équipés d'infrastructures
modernes. Nous venons notamment de réceptionner le dernier lot d'équipements du
laboratoire consacré aux énergies renouvelables, une installation parmi les
plus avancées d'Afrique centrale.
Nous entendons également renforcer nos partenariats
internationaux. Un projet de laboratoire de génie civil, développé en
coopération avec une université chinoise, est actuellement en cours de
validation auprès du ministère de tutelle. L’autre pilier fondamental de ce
nouveau quinquennat reste l'assurance qualité. Cela suppose une gouvernance administrative,
financière et pédagogique irréprochable, ainsi qu'un strict respect de nos
procédures. Nous refusons toute logique de recrutement fondée sur le népotisme.
Une université ne peut devenir un espace de faveur ou de clientélisme ; elle
doit demeurer un lieu d'exigence, de compétence et de mérite. C'est cette
culture de la rigueur qui distingue une université d'excellence d'une administration
routinière. Pour ce nouveau plan stratégique, notre objectif est clair : après
un taux de réalisation de 54 % lors du précédent quinquennat, nous voulons
atteindre cette fois le seuil de 80 %.
L’UDSN affiche une ambition forte : former des diplômés
immédiatement employables tout en développant l’esprit d’entreprendre. Comment
l’université accompagne-t-elle concrètement ses étudiants ?
En février dernier, à l’occasion du cinquième anniversaire de
l’université, nous avons organisé un grand forum intitulé « Université Denis
Sassou- N’Guesso Monde du travail ».
Nous y avons réuni des représentants des principaux secteurs
d’activité : mines, hydrocarbures, énergie, collectivités locales, entre autres
afin de renforcer les passerelles entre l’université et le monde professionnel.
Cette démarche est au cour de notre projet. Lors de notre dernier Conseil de
direction, nous avons d’ailleurs associé la SNPC ainsi que le Secrétaire général
de la mairie de Kintélé. Cette ouverture vers les acteurs socio-économiques sera
encore renforcée au cours des cinq prochaines années.
L’entrepreneuriat est déjà une réalité à l’UDSN. L’un de nos
étudiants a remporté le premier prix d’un concours national d’innovation avant
de décrocher la deuxième place lors de la finale continentale organisée au
Maroc. Nous voulons amplifier cette dynamique. Notre credo est simple :
l’entreprise au cœur de l’université, et l’université au cœur de l’entreprise.
Nous mettons actuellement en place une structure dédiée à
l’insertion professionnelle et au suivi de nos diplômés. Un expert sera
prochainement chargé d’évaluer leur taux d’insertion afin de mesurer l’impact
réel de nos formations sur le marché de l’emploi. Il reste toutefois des progrès
à accomplir. La structure implantée sur notre campus par le ministère de
l’Emploi ne remplit pas encore pleinement sa mission.
Elle gagnerait à proposer davantage d’activités, de formations et
de séminaires au profit des étudiants. J’ai attiré l’attention des autorités
sur ce point, car un accompagnement de qualité suppose des ressources humaines
qualifiées et pleinement mobilisées. Enfin, grâce au soutien de Madame la
ministre de l’Économie forestière, l’université dispose désormais d’un terrain
de près de 100 hectares à Mbamou, à une soixantaine de kilomètres de Kintélé.
Nous y développerons un vaste incubateur destiné à accompagner les
projets innovants de nos étudiants et de nos chercheurs. Notre ambition est de
faire évoluer l’UDSN vers le modèle d’une véritable « université-entreprise »,
capable de créer de la valeur, de l’innovation et des emplois.
L'admission dans nos instituts et grandes écoles se fait par
concours et s'accompagne de la présentation d'un projet professionnel.
Pour conclure, l’UDSN a pour devise « Rigueur Excellence Lumières
». Que diriez-vous à un jeune bachelier congolais, africain ou issu de la
diaspora ?
À l’UDSN, nous faisons le choix de l’excellence. L’accès à la
Faculté des sciences appliquées est réservé aux titulaires d’un baccalauréat avec
une moyenne d’au moins 12/20. L’admission dans nos instituts et grandes écoles
se fait par concours et s’accompagne de la présentation d’un projet
professionnel. Nous souhaitons connaître les ambitions de chaque candidat et
nous assurer qu’elles s’inscrivent dans les priorités de développement de notre
pays.
Notre objectif est clair : mettre à la disposition du Congo et de
l’Afrique une véritable élite scientifique, technique et managériale. Nous invitons
les jeunes à rejoindre une université exigeante, où le mérite, la rigueur et
l’innovation sont les clés de la réussite. Je suis convaincu qu’en alliant
ambition, éthique et amour de la patrie, nous formerons les femmes et les
hommes qui construiront le Congo de demain.
Quel message souhaitez-vous adresser aux parents ?
Je voudrais d’abord leur dire que l’Université Denis Sassou-N’Guesso
est une formidable opportunité pour leurs enfants et une richesse pour toute la
nation. Ils doivent en être fiers et la considérer comme un patrimoine
collectif. J’en appelle également au sens des responsabilités de chacun. Les
actes de vandalisme et les pillages qui ont touché certaines infrastructures universitaires
sont profondément regrettables.
En détruisant ces équipements, nous compromettons les conditions d’études
de nos propres enfants. Les résidences universitaires, notamment, ne peuvent
pas être pleinement mises en service parce que des installations ont été dégradées
ou dérobées. Protéger cette université, c’est protéger l’avenir de notre
jeunesse.
Enfin, j’invite les parents à considérer l’éducation comme le
meilleur investissement qu’ils puissent faire pour leurs enfants. Avec l’ouverture
de nos écoles doctorales, nous élevons encore notre niveau d’exigence. À
l’UDSN, nous ne ferons aucun compromis avec la qualité ni avec l’excellence.
C’est à ce prix que nous formerons les compétences dont le Congo et l’Afrique
ont besoin.
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