PR JUDITH N’SONDE MALANDA : UNE VIE AU SERVICE DE LA LUTTE CONTRE LE CANCER
PORTRAIT D’UNE PIONNIERE DE LA CANCEROLOGIE CONGOLAISE
Au Congo-Brazzaville, le mot cancer résonne encore
trop souvent comme une condamnation. Pourtant, une femme se dresse depuis plus
de trois décennies pour transformer cette fatalité en combat d’espérance : le
Professeur Judith N’Sondé Malanda, cancérologue, cheffe adjointe du service de
cancérologie du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville (CHUB) et
directrice du Programme national de lutte contre le cancer.
Par Paul-Daniel Okemba
Une vocation au service de la vie
Engagée depuis plus de 30 ans dans le domaine de la
cancérologie, le Pr N’Sondé Malanda incarne l’excellence, la rigueur et
l’humanité du corps médical congolais. Professeure titulaire au CAMES depuis
2021, elle forme la relève en tant que responsable du parcours Cancérologie à
la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université Marien Ngouabi. Depuis
2024, elle dirige également le service de Cancérologie du CHU de Brazzaville,
où elle œuvre chaque jour à améliorer la prise en charge des patients et à
renforcer les compétences des équipes soignantes. Femme de conviction, elle
préside aussi l’Association des Femmes Médecins du Congo et occupe le poste de
vice-présidente de l’Organisation africaine pour la recherche et l’enseignement
sur le cancer (OAREC).
Un engagement de terrain
Tout au long de sa carrière, la Professeure a accompagné des
milliers de patients, notamment des femmes atteintes des deux cancers les plus
fréquents au Congo : le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus. Ces
pathologies, responsables de la majorité des décès par cancer dans le pays,
révèlent un constat alarmant : le retard au diagnostic. « Ce que j’ai constaté
depuis le départ, c’est le manque d’information dont les gens sont victimes,
confie-t-elle. Même une partie du personnel soignant n’est pas suffisamment
sensibilisée. L’ignorance tue plus que la maladie. Plus de 80 % des femmes viennent
à l’hôpital à un stade avancé, ce qui explique le fort taux de décès ».
Pour inverser cette tendance, le Pr N’Sondé Malanda s’est
associée à des survivantes du cancer afin de porter le message directement à la
population. « Nous allons à la rencontre des femmes, dans les églises, les
mairies, les quartiers. Nous leur parlons des signes avant-coureurs et
insistons sur un message simple : le dépistage précoce sauve des vies ».
Une stratégie nationale pour un défi global
Sous sa direction, le Programme national de lutte contre le
cancer (PNLC) agit comme un levier essentiel de la politique sanitaire du
gouvernement. Son objectif : coordonner, planifier et évaluer les actions de
prévention, de dépistage et de traitement des cancers.
Le Pr N’Sondé insiste sur le rôle déterminant des plans
stratégiques : « Dans la lutte contre le cancer, les armes les plus importantes
sont les textes. Nous appliquons la politique nationale, et nous finalisons un
plan stratégique visant à améliorer la prise en charge, réduire les risques et
garantir un dépistage accessible à tous ».
Cette approche s’inscrit dans la stratégie mondiale de l’OMS
pour éliminer le cancer du col de l’utérus d’ici 2030, qui repose sur trois
piliers : la vaccination contre le VPH, le dépistage précoce et le traitement
efficace des lésions précancéreuses.
Le cancer : un problème de santé publique mondial
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’OMS, le nombre de
nouveaux cas de cancer est passé de 14,1 millions en 2012 à 19,2 millions en
2020, et pourrait augmenter de 60 % d’ici 2040. En Afrique subsaharienne, la
hausse attendue dépasse 80 %, avec une mortalité liée aux cancers féminins
particulièrement élevée.
Au Congo, les statistiques du Globocan 2020 font état de 2
478 nouveaux cas pour 1 595 décès, soit un risque de 9,7 % de développer un
cancer avant 75 ans. Les cancers pédiatriques représentent environ 8 % des cas
recensés. Ces données traduisent l’ampleur du défi : accès limité aux soins,
coût élevé des traitements, manque d’équipements et de ressources humaines
qualifiées.
Une vision pour l’avenir
Pour le Pr Judith N’Sondé Malanda, la lutte contre le cancer
dépasse la seule sphère médicale : « C’est une cause sociale et humaine. Il
faut informer, prévenir, soigner, mais aussi soutenir les malades et leurs
familles. La prise en charge doit être à la portée de tous ». Son ambition est
claire : faire du Congo un pays capable de détecter tôt, soigner efficacement
et prévenir durablement le cancer.
Par son parcours, sa détermination et sa vision humaniste, le
Pr N’Sondé Malanda incarne une génération de médecins africains qui refusent la
résignation. Une pionnière qui croit, plus que jamais, que la science et la
solidarité peuvent vaincre le cancer.
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