LE PALUDISME EN RDC, NECESSITE D’AMPLIFIER L’ACTION !
Le paludisme est une maladie tropicale transmise par les moustiques qui
sévit en Afrique. En 2015, dans un rapport publié par l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) sur le plan de lutte 2016-2030 contre le paludisme, une
annonce importante était faite : six pays sur le continent africain (l’Algérie,
le Cap-Vert, la Swaziland, le Botswana, l’Afrique du Sud et les Comores)
avaient la possibilité d’éradiquer cette maladie. Au mois de janvier 2024, une
bonne nouvelle était tombée : le Cap-Vert est devenu le troisième pays
d’Afrique à être déclaré exempt de paludisme, après l’Ile Maurice en 1973 et
l’Algérie en 2019.
Une analyse d’Oasis KODILA. Economiste et auteur récemment du livre
Financement du développement en RDC : diagnostic, opportunités et perspectives.
La République démocratique du Congo
(RDC) comptabilise le deuxième nombre le plus important de cas de paludisme et
de décès de cette maladie dans le monde. En RDC, selon les données officielles
collectées dans les différents Rapports annuels du secteur de la santé et du
Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), en 2021, plus de 21
millions de cas de paludisme ont été enregistrés dont plus de 2 millions de cas
de paludisme grave (9,77 %) et 10 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans ont
souffert de paludisme en 2021 dont 1 million de cas de paludisme grave. Les
femmes enceintes n’ont pas non plus été épargnées, avec un décompte de 1
million de cas de paludisme enregistrés dont 894.196 cas de paludisme simple et
221.421 cas de paludisme grave (19,84 %). Au-delà de l’endémicité, le paludisme
demeure l’une des maladies les plus meurtrières. En 2021, 22.729 congolais ont
perdu la vie à la suite du paludisme dont 15.297 survenus chez les enfants âgés
de moins de 5 ans, soit 67%.
De manière tendancielle, les morts
liés au paludisme reculent. « Le rapport du Programme national de lutte contre
le paludisme de l’exercice 2022 signale que le pays a enregistré 27.296.419 cas
de paludisme dont 13.300.804 cas chez les enfants de moins de cinq ans et
1.209.537 cas chez les femmes enceintes. Le pays a pleuré 24.880 morts
attribués essentiellement à cette endémie dont 16.921 enfants de moins de cinq
ans, soit 68%. Presque la même tendance a été observée au courant de l’année
2023, car la RDC a enregistré 27.657.762 cas de paludisme et comptabilisé
24.344 décès dus essentiellement au paludisme, soit une légère tendance
haussière quant au nombre de cas et baissière quant à celui de décès », a déclaré
Roger Samuel Kamba, le ministre congolais de la santé, hygiène et prévention.
Et d’ajouter : « Ainsi, l’atteinte
de zéro cas de paludisme en RDC constitue une interpellation adressée à nous
tous sans exception, habitant la ville ou la campagne. Cet engagement ne doit
pas se limiter à la parole, mais plus se traduire dans les actions
quotidiennes. Cela sous-entend que nous devons tous lutter contre le paludisme
par l’adoption d’un nouveau comportement devant se matérialiser à travers la
participation des ménages, des familles et des communautés à la lutte contre le
paludisme, pour vivre un jour dans un Congo exempté du paludisme ».
L’organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport de 2023 sur la
situation du paludisme dans le monde, révèle que la RDC fait partie de
vingt-neuf pays qui en ont concentré 95% du nombre total de cas dans le monde
avec un score de 12 %.
À vrai dire, le
Gouvernement n’est pas resté indifférent face à ce problème de santé publique
au regard de la hausse du décaissement pour faire face à cette maladie.
À
vrai dire, le gouvernement n’est pas resté indifférent face à ce problème de
santé publique au regard de la hausse du décaissement pour faire face à cette
maladie.
Plus
spécifiquement, il a organisé sa réponse autour de la prévention, de la prise
en charge et de la stratégie de soutien. Au sujet de la prévention, l’État a
consacré la plus grande part de ce décaissement, soit 29 % en 2021, à la
distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action
(MILD).
Ce
qui a permis sans doute de faire passer le nombre de MILD distribuées de 20
millions à 22 millions, soit une croissance de 9,5 %. L’essentiel de cette
distribution porte sur les campagnes de masse (16,7 millions) contre la
distribution en routine (5,2 millions). Néanmoins, en dépit de cette croissance
dans la distribution, il est clair que le niveau actuel demeure encore loin de
celui de 2016, lorsque le nombre de distribution de MILD avait dépassé 31
millions
En
sus, l’augmentation du nombre de distribution de MILD n’est pas le seul défi.
En effet, à peine 44,1 % de la population ont accès aux Moustiquaires
imprégnées d’insecticide (MII) selon les données de MICS-Palu 2018. Cette
distribution demeure inégale : 59,4 % de la population la plus riche y ont
accès contre 28,4 % de la population la plus pauvre. L’usage de ces MII pose
également problème. Pour ceux qui y ont accès, 83 % de la population l’ont
utilisée la nuit dernière et 52 % seulement des membres des ménages qui ont
dormi la nuit précédente ont utilisé n’importe quelle moustiquaire. Autant de
défis donc qui expliquent notamment la non-corrélation entre l’incidence du
paludisme et la distribution de MILD/MII. Pour faire face à ces défis, des
actions multi sectorielles ont été envisagées dans le cadre de la stratégie
nationale de lutte contre le paludisme pour maintenir et renforcer le niveau de
disponibilité des MILD dans les ménages ainsi que leur utilisation systématique
et continue.
À vrai dire, le
Gouvernement n’est pas resté indifférent face à ce problème de santé publique
au regard de la hausse du décaissement pour faire face à cette maladie.
En
plus de la distribution de MILD, la RDC, au travers de son PNLP, tente de
respecter les recommandations de l'OMS en matière de traitement préventif
intermittent chez la femme enceinte. Il y a lieu d’indiquer également que le
gouvernement tente de communiquer davantage et faire le plaidoyer au sujet de cette
maladie.
Ainsi,
il consacre 6 % de son décaissement à cette cause et actualise les directives
de prise en charge. Il élabore notamment les fiches techniques de prise en
charge.
Aussi,
consacre-t-il une bonne partie de ses décaissements à la stratégie de soutien
(formation, suivi et évaluation, surveillance épidémiologique,
approvisionnement en intrants, recherche opérationnelle).
En
dépit de de l’intervention étatique face la lutte vectorielle comme indiqué, on
est loin d’éradiquer le paludisme. Cette réalité n’est pas sans conséquence sur
le développement de la RDC. En 2001, le célèbre économiste du développement
américain, Jeffrey Sachs a trouvé dans une recherche que la croissance du
PIB/tête des pays avec une forte prévalence de paludisme serait plus faible de
1,3 % par an. Une diminution de 10 % du paludisme serait associée à une
croissance supérieure de 0,3 %. Plus récemment, d’autres travaux ont même
indiqué que le paludisme est l’un des principales causes du sous-développement
de l’Afrique.
À
la base, il y a plusieurs facteurs au-delà des dépenses catastrophiques qu’il
entraîne. Le paludisme justifie l’hypothèse de remplacement des enfants morts /
« de l'enfant survivant » : à cause de la mortalité liée au paludisme, les
parents sont incités à faire davantage d’enfants pour remplacer ceux qui
meurent ou vont mourir ou à cause de l’exposition au risque de conception.
Cette hausse de fécondité réduit l’investissement éducatif dans l’enfant,
accroit le ratio de dépendance et empêche la transition démographique, qui
laisse des marges de manœuvre importantes pour emprunter la trajectoire du
développement. Aussi, le paludisme ampute l’économie des facteurs de production
et donc la productivité, mais augmente également la probabilité ne pas trouver
un emploi rémunéré pour les adultes.
Parmi les facteurs, il y a également l’impact négatif de la malaria sur la capacité cognitive et le capital humain. Une étude a attribué 13 à 50% des absences scolaires pour raisons médicales à la maladie. Une autre montre un effet positif sur les taux de redoublement et d’achèvement dans le primaire et quand on éradique le paludisme, le nombre d’année de scolarisation et d’alphabétisation augmente. D’autres études ont montré une corrélation causale de cette maladie avec la réussite scolaire et les performances cognitives. Bref, la liste des canaux de transmission du paludisme au développement est longue. Cette longueur est amplement suffisante pour pousser à l’action. Les résultats récents de l’Algérie ou du Cap-Vert montrent que l’impossible n’existe pas. Au travail…
Aucun commentaire pour le moment.