LE CHOLÉRA AU CONGO-BRAZZAVILLE: L'URGENCE SANITAIRE, RÉVÉLATEUR DES DÉFIS DE SANTÉ PUBLIQUE
Depuis la fin du mois de juillet
2025, la République du Congo est confrontée à une résurgence du choléra qui met
à rude épreuve son système de santé. Si la première vague épidémique semblait
circonscrite après une mobilisation rapide des autorités et des partenaires
internationaux, la maladie a poursuivi sa progression au cours des mois
suivants, rappelant que le choléra demeure l'un des principaux indicateurs des
inégalités d'accès à l'eau potable, à l'assainissement et aux soins de santé.
Au-delà des chiffres, cette épidémie met en évidence les fragilités
structurelles qui persistent dans plusieurs régions du pays et souligne
l'urgence de renforcer durablement les capacités nationales de prévention et de
riposte.
UNE ÉPIDÉMIE QUI S'EST
INSTALLÉE
DANS LA DURÉE
Déclarée officiellement le 26 juillet 2025, l'épidémie avait
enregistré, quelques semaines plus tard, 434 cas confirmés et 34 décès. Les
premiers foyers concernaient principalement l'île Mbamou, l'arrondissement de
Talangaï à Brazzaville ainsi que l'axe Mossaka-Loukoléla, des zones où l'accès
à l'eau potable, aux infrastructures d'assainissement et aux soins demeure
particulièrement limité.
Près d'un an plus tard, la situation sanitaire reste préoccupante.
Au 14 juin 2026, le pays comptabilisait 1 531 cas de choléra et 127 décès, répartis
dans six départements, traduisant une extension géographique de l'épidémie. Le
département de la Likouala figure désormais parmi les principaux foyers de
transmission avec 316 cas, soit 20,6% des cas recensés au niveau national. Son
taux de létalité, estimé à 10,1%, témoigne de la gravité de la situation dans
cette région enclavée. Le choléra demeure une maladie évitable et curable.
Pourtant, lorsqu'il survient dans des territoires où les services essentiels font
défaut, il continue de provoquer des décès évitables et de fragiliser
durablement les populations.
UNE MOBILISATION NATIONALE ET INTERNATIONALE
Chaque baril d’eau
propre, chaque campagne de sensibilisation, chaque geste d’hygiène sauve des
vies.
Dès les premiers signalements, les autorités congolaises ont
engagé une riposte avec l'appui du système des Nations unies et de plusieurs partenaires
techniques et financiers. Le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP)
a renforcé les activités de sensibilisation communautaire afin d'encourager
l'adoption des mesures d'hygiène essentielles. « Informer les populations,
promouvoir les bonnes pratiques d'hygiène et renforcer la mobilisation
communautaire sont des priorités absolues », rappelait Agnès Kayitankore, représentante
résidente du FNUAP.
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a activé son système de
gestion des incidents dès la déclaration officielle de l'épidémie. Parmi les
premières actions menées figuraient : l'acheminement de sept tonnes de
médicaments et de kits choléra ; l'installation de centres de traitement à
Mbamou, Mossaka et Talangaï ; la formation de 172 professionnels de santé et de
250 relais communautaires ; la désinfection de dizaines de puits et de
structures sanitaires ; la mise à disposition de moyens logistiques permettant d'atteindre
les zones les plus enclavées. Cette première phase de riposte a permis de
limiter la propagation initiale de la maladie, tout en préparant les structures
sanitaires à faire face à une crise de plus longue durée.
Le choléra n'est pas une
fatalité. Il demeure le révélateur d'inégalités persistantes, mais peut aussi devenir
un levier de transformation.
PLUS DE 100 000
DOLLARS POUR RENFORCER LA RIPOSTE
Le 11 août 2025, le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD), grâce à un financement du Fonds mondial, a remis au ministère de la
Santé et de la Population un important lot d'équipements de prévention d'une valeur
de plus de 101 000 dollars américains. Cette assistance comprenait 14 000 équipements
d'assainissement et d'hygiène : pulvérisateurs, bidons, eau de Javel, bottes,
gants de protection, sacs-poubelle, seaux et divers matériels destinés à
limiter la propagation du Vibrio cholerae, la bactérie responsable du choléra.
Cette intervention s'inscrivait dans une mobilisation coordonnée avec l'OMS, l'UNICEF,
le FNUAP et l'ensemble du système des Nations unies.
LA LIKOUALA, NOUVEL ÉPICENTRE DE LA
RIPOSTE
Aujourd'hui, l'un des principaux défis se situe dans le département
de la Likouala, où de nombreuses localités restent accessibles uniquement par
voie fluviale. À Mombenzele, les déplacements s'effectuent principalement en
pirogue sur le fleuve Oubangui. Cet isolement complique considérablement
l'accès aux soins, à l'eau potable et aux infrastructures sanitaires. Face à
cette situation, le ministère de la Santé, avec l'appui de l'OMS, a renforcé
les capacités de prise en charge dans plusieurs districts sanitaires.
L'une des avancées majeures a été la création d'une Unité de
traitement du choléra (UTC) à Mombenzele. Conforme aux standards internationaux,
cette structure permet désormais d'assurer une prise en charge rapide et
sécurisée des patients tout en limitant les risques de transmission au sein des
communautés.
Car lutter contre le choléra, ce n'est pas seulement interrompre une
chaîne de transmission : c'est construire un système de santé plus équitable,
plus résilient et mieux préparé aux défis sanitaires de demain.
LES PREMIERS RÉSULTATS
APPARAISSENT
ENCOURAGEANTS.
Entre le 31 mai et le 14 juin 2026, alors que le nombre de cas est
passé de 259 à 316 dans la Likouala, le nombre de décès n'a augmenté que de
trois cas, entraînant une diminution du taux de létalité de 11,2% à 10,1%. Dans
le district sanitaire d'Impfondo, aucun décès n'a été enregistré parmi les
nouveaux cas notifiés durant cette période, ce qui suggère qu'une prise en
charge plus précoce permet de réduire significativement la mortalité liée au choléra.
En parallèle, l'OMS a assuré l'approvisionnement régulier des structures
sanitaires en médicaments, équipements médicaux et consommables indispensables
à la prise en charge des patients.
AU-DELÀ DE
L'URGENCE, RENFORCER DURABLEMENT LE SYSTÈME DE SANTÉ
Cette crise rappelle que le choléra n'est pas seulement une
maladie infectieuse. Il est également le symptôme de profondes inégalités sociales
et territoriales. Chaque flambée épidémique révèle les mêmes faiblesses : accès
insuffisant à l'eau potable, réseaux d'assainissement déficients, infrastructures
sanitaires limitées et difficultés d'accès aux soins dans les zones rurales,
insulaires et forestières.
Les mesures d'urgence : centres de traitement, désinfection des
points d'eau, surveillance épidémiologique, campagnes de sensibilisation et
distribution de matériel de prévention, demeurent indispensables. Elles ne
pourront toutefois produire des effets durables sans investissements massifs
dans les infrastructures hydrauliques, l'assainissement, les ressources
humaines en santé et les systèmes de surveillance.
FAIRE DU CHOLÉRA UN CATALYSEUR DES RÉFORMES
L'épidémie actuelle constitue un véritable test pour la politique
de santé publique de la République du Congo. Chaque forage d'eau potable,
chaque centre de santé renforcé, chaque agent communautaire formé et chaque
campagne de sensibilisation représentent un investissement dans la sécurité
sanitaire nationale. Le choléra n'est pas une fatalité.
Il demeure le révélateur d'inégalités persistantes, mais peut
aussi devenir un levier de transformation. Faire de cette crise une opportunité
suppose d'investir durablement dans la prévention, d'améliorer l'accès universel
à l'eau potable et à l'assainissement, de renforcer les capacités de réponse
aux urgences sanitaires et de rapprocher les services de santé des populations les
plus isolées. Car lutter contre le choléra, ce n'est pas seulement interrompre une
chaîne de transmission : c'est construire un système de santé plus équitable,
plus résilient et mieux préparé aux défis sanitaires de demain.
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