UN TRES MAUVAIS CALCUL
Certaines économies finissent par coûter bien plus cher que les
dépenses qu'elles prétendent éviter. La réduction des financements consacrés à
la santé mondiale en est une parfaite illustration. En réduisant fortement les
moyens de l'USAID et en se retirant de l'Organisation mondiale de la Santé
(OMS), l'administration Trump a voulu privilégier les priorités nationales au
nom du slogan America First. L'actualité sanitaire révèle pourtant les limites
de cette approche. La résurgence d'Ebola en Afrique centrale rappelle qu'en matière
de santé publique, les frontières ne protègent personne.
Dans un monde où circulent les personnes, les marchandises et les capitaux,
la prévention n'est pas une dépense de solidarité, mais un investissement
stratégique.
UNE MENACE MONDIALE
L'épidémie d'Ebola due à la souche Bundibugyo continue de
progresser en République démocratique du Congo, où la transmission reste active
dans plusieurs provinces de l'est du pays. Cette souche, contre laquelle il
n'existe toujours ni vaccin ni traitement spécifiquement homologué, circule
dans un contexte marqué par les conflits armés, les déplacements de populations
et la fragilité des structures sanitaires.
Si l'Ouganda a officiellement déclaré la fin de son épidémie après
42 jours sans nouveau cas, la RDC demeure l'épicentre de la crise et le risque
de propagation transfrontalière reste élevé. Au-delà de l'urgence sanitaire,
cette flambée menace les échanges économiques, les déplacements des populations
et la stabilité régionale, rappelant que la sécurité sanitaire est désormais un
enjeu mondial.
QUAND LA PRÉVENTION
RECULE
Les systèmes de surveillance épidémiologique ont précisément été conçus
pour éviter ce type de catastrophe. Formation des agents de santé, laboratoires
performants, réseaux d'alerte précoce et transport des échantillons biologiques
constituent la première ligne de défense contre les épidémies.
Or ces mécanismes sont aujourd'hui fragilisés par la baisse des
financements. Le directeur général d'Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, alerte sur
les conséquences directes de ces réductions : moins de laboratoires
opérationnels, moins de personnel qualifié, moins d'analyses et donc moins
d'alertes précoces. En d'autres termes, davantage de risques de voir une épidémie
progresser avant même d'être détectée.
LE PRIX DE
L'INACTION
La pandémie de Covid-19 aurait pourtant dû servir de leçon. Elle a
provoqué des millions de décès et des pertes économiques de plusieurs milliers
de milliards de dollars. Aucun pays n'a été épargné.
Cette crise a confirmé une réalité bien connue des spécialistes :
en santé publique, le coût de l'inaction dépasse presque toujours celui de la
prévention. Les investissements destinés à préparer les crises sanitaires restent modestes
au regard des conséquences humaines, sociales et économiques d'une pandémie
incontrôlée. La Banque mondiale estime d'ailleurs que le risque d'émergence d'une
nouvelle pandémie majeure au cours de la prochaine décennie demeure élevé. Réduire
aujourd'hui les moyens de prévention revient donc à accroître les dépenses de
demain.
UNE RESPONSABILITÉ
PARTAGÉE
L'Afrique doit poursuivre le renforcement de ses systèmes de santé et accroître ses investissements nationaux afin de réduire sa dépendance aux financements extérieurs. Mais cette transition ne peut s'opérer brutalement alors que les partenaires internationaux se désengagent. Les virus ne connaissent ni frontières ni idéologie. Affaiblir la surveillance sanitaire dans une région du monde revient à fragiliser toutes les autres. En santé publique, les économies à court terme deviennent souvent des dépenses beaucoup plus lourdes à long terme. Réduire les investissements consacrés à la prévention n'est pas seulement un choix politique contestable : c'est une erreur stratégique dont le monde entier pourrait, une fois encore, payer le prix.