ECO-ZAMBA : COMMENT LA SNPC REINVENTE LE MODELE EXTRACTIF CONGOLAIS PAR LA TRANSITION ECOLOGIQUE ?
À l’heure où la lutte contre le changement climatique redéfinit les priorités économiques mondiales, la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) fait évoluer son modèle de développement. Longtemps identifiée à l’exploitation des hydrocarbures, l’entreprise publique congolaise investit désormais un nouveau champ d’action : l’économie verte. À travers son ambitieux projet d’afforestation Eco-Zamba, développé dans le district de Ngo, au nord de Brazzaville, la SNPC entend démontrer qu’une compagnie pétrolière peut aussi devenir un acteur de la restauration des écosystèmes, de la séquestration du carbone et du développement local durable. Bien plus qu’une opération de plantation d’arbres, Eco-Zamba ambitionne d’incarner une nouvelle vision de la responsabilité environnementale, conciliant performance économique, protection de la biodiversité et inclusion sociale.
DE L’OR NOIR AU
CARBONE VERT
UNE INITIATIVE NÉE D’UNE AMBITION PRÉSIDENTIELLE
L’origine du projet remonte à l’appel lancé par le Président de la
République, Denis Sassou N’Guesso, lors de la COP27 organisée à Charm
el-Cheikh, en Égypte, en novembre 2022. Le chef de l’État avait alors plaidé
pour l’instauration d’une Décennie mondiale de l’afforestation et du
reboisement, afin de renforcer le rôle des forêts dans la lutte contre le réchauffement
climatique. Dans cette dynamique, la SNPC décide de faire de la transition
écologique un pilier majeur de sa politique de Responsabilité Sociétale de
l’Entreprise (RSE). L’entreprise inscrit ainsi Eco-Zamba dans le cadre du Programme
National d’Afforestation et de Reboisement (PRONAR) et de son objectif de
contribuer à la neutralité carbone à l’horizon 2050.
CHANGER DE CULTURE
AU SEIN
D’UNE COMPAGNIE PÉTROLIÈRE
Pour une entreprise spécialisée dans les hydrocarbures, investir massivement
dans l’afforestation représente un véritable changement de paradigme. Le
Directeur Général de la SNPC, Raoul Ominga, reconnaît que le projet n’a pas immédiatement
fait l’unanimité. «Lorsque vous sortez de votre périmètre d’activité, les
risques sont importants. Au départ, près de 90 % de mon comité de direction était
sceptique », confie-t-il. La visite du site forestier développé par
TotalEnergies à Batéké contribuera finalement à convaincre les équipes de la
pertinence du projet. Pour Raoul Ominga, l’enjeu dépasse largement la
communication environnementale. « La SNPC est une industrie extractive. Nous
contribuons inévitablement aux émissions de gaz à effet de serre. Eco-Zamba
constitue notre contribution à la compensation carbone et à la préservation de
notre patrimoine naturel ».
Afin de garantir la crédibilité scientifique du projet, la SNPC
s’est appuyée sur l’expertise du ministère de l’Économie forestière ainsi que
sur un cabinet international spécialisé dans les projets carbones.
5 000 HECTARES POUR
CRÉER UN
PUITS DE CARBONE NATIONAL
Deux ans après son lancement, Eco-Zamba est devenu l’un des plus
importants projets d’afforestation portés par une entreprise publique en Afrique
centrale. Sur les terres de Ngo, 5 000 hectares sont progressivement
transformés en espaces forestiers capables de capter plusieurs centaines de
milliers de tonnes de dioxyde de carbone au cours des prochaines décennies.
Au-delà de la plantation d’arbres, le projet vise à restaurer des sols
dégradés, améliorer la biodiversité, protéger les ressources en eau et créer un
vaste puits de carbone naturel.
Cette initiative positionne désormais le Congo parmi les pays
africains qui misent sur les solutions fondées sur la nature pour répondre aux
enjeux climatiques. « Lorsque nous présentons Eco-Zamba dans les grands sommets
internationaux, nous sommes fiers de montrer que le Congo agit concrètement »,
souligne Raoul Ominga.
FAIRE DU CARBONE UN MOTEUR DE DÉVELOPPEMENT
L’une des originalités d’Eco-Zamba réside dans son modèle
économique. Pour la SNPC, la valeur des futurs crédits carbone ne doit pas
uniquement profiter à l’entreprise. Elle doit également générer des revenus
pour les populations vivant autour du projet. Le programme repose ainsi sur un
système d’agroforesterie associant plantations forestières et cultures
agricoles. Des parcelles sont mises à la disposition des familles afin qu’elles
puissent développer des activités génératrices de revenus tout en participant à
la protection des plantations.
« Nous voulons créer des micro-entreprises autour du projet. Les
populations doivent pouvoir gagner leur vie grâce à cette nouvelle économie verte
», explique le Directeur Général. Cette approche permet non seulement de lutter
contre la pauvreté rurale, mais également de renforcer l’appropriation locale
du projet.
REDONNER TOUTE SA VALEUR À LA TERRE
Pour Raoul Ominga, Eco-Zamba porte également un message adressé à
la jeunesse congolaise. À ses yeux, l’agriculture, la sylviculture et les
métiers liés à l’environnement constituent désormais des secteurs d’avenir
capables de créer durablement des emplois. «Nous devons réconcilier les jeunes
avec la terre. Avec un ou deux hectares bien exploités, il est aujourd’hui
possible de générer des revenus importants tout en protégeant l’environnement
», affirme-t-il. L’objectif est de faire émerger une nouvelle génération
d’entrepreneurs ruraux capables de conjuguer performance économique et
développement durable.
UNE STRATÉGIE RSE
TOURNÉE VERS LA NEUTRALITÉ CARBONE
Eco-Zamba illustre l’évolution profonde de la politique de
Responsabilité Sociétale de l’Entreprise menée par la SNPC.
L’entreprise inscrit désormais son développement autour de trois
priorités majeures : réduire son empreinte carbone ; développer des puits
naturels de séquestration du carbone et accompagner les communautés locales
dans des projets générateurs de revenus.
Cette stratégie répond aux engagements internationaux du Congo en
matière de climat tout en renforçant la contribution de la SNPC aux Objectifs
de développement durable.
UNE VITRINE DU CONGO VERT
Si plusieurs défis demeurent : entretien des plantations,
certification carbone, mobilisation des financements et implication durable des
populations, Eco-Zamba apparaît déjà comme l’un des projets environnementaux
les plus emblématiques du Congo. La SNPC prévoit prochainement d’organiser une
visite du site à l’intention des professionnels des médias afin de présenter
les résultats obtenus sur le terrain. Au-delà des chiffres, Eco-Zamba symbolise
une évolution profonde de la vision du développement : celle d’une entreprise
pétrolière qui choisit de faire de la forêt un nouvel investissement
stratégique.
Dans un contexte où les marchés internationaux accordent une
valeur croissante au carbone, le projet de Ngo pourrait bien devenir l’une des
références africaines en matière d’économie verte, démontrant qu’il est
possible de transformer une industrie extractive en acteur de la transition écologique
sans renoncer à sa vocation économique.
IMPACT
ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL : DES BÉNÉFICES SUR LE LONG TERME
Le projet d’afforestation Eco-Zamba vise à générer d’importants
bénéfices environnementaux, sociaux et économiques, faisant de cette initiative
un levier majeur pour la protection de la planète et le bien-être des
populations. En développant et en préservant les forêts, Eco-Zamba contribue à
la séquestration du carbone, à la restauration des écosystèmes, à la
préservation de la biodiversité et à l’amélioration des conditions de vie des
communautés locales.
La République du Congo joue un rôle de premier plan dans la
préservation des forêts du bassin du Congo. À ce titre, le ministère de
l’Économie forestière met en oeuvre la politique forestière définie par le
Gouvernement, conformément aux engagements internationaux en matière de gestion
durable des écosystèmes forestiers tropicaux.
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