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DOCTEUR ALPHONSE NZOMVUAMA DE LA CHIRURGIE : PIONNIER CARDIAQUE EN RDC.

Creator : MANAGERS Vues : 720 vues Created : 6 mois, 3 semaines
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Le Docteur Alphonse Nzomvuama incarne l’excellence médicale congolaise, à la croisée de la pratique clinique, de la recherche académique et de l’expertise internationale. Fort d’un parcours remarquable et d’une expérience reconnue dans le domaine cardiovasculaire, il s’affirme comme une figure incontournable de l’évolution de la médecine en RDC.Ses interventions, à la fois innovantes et adaptées aux réalités locales, contribuent à hisser la chirurgie cardiaque congolaise au niveau des standards internationaux. Tout récemment encore, il réalisait une opération délicate sur un patient brazzavillois, pratiquant l’extraction d’une masse cardiaque responsable d’un accident vasculaire cérébral. 

À travers cette interview, Le Metropolis Santé+ engage un dialogue privilégié sur les défis, les perspectives et les espoirs du système sanitaire congolais.

Propos recueillis par J.B.

LE METROPOLIS SANTE+ : Docteur, comment décririez-vous aujourd’hui l’état du système de santé congolais ? Quels sont, selon vous, les défis prioritaires auxquels le pays doit faire face ?

DOCTEUR ALPHONSE NZOMVUAMA : Le système de santé congolais doit être amélioré et, très probablement, entièrement restructuré afin de l’adapter aux avancées actuelles de la médecine. L’essentiel est de rendre les soins accessibles à tous, ou du moins, dans un premier temps, au plus grand nombre possible. Des efforts allant dans ce sens sont en cours au niveau du ministère de la Santé, nous dit-on.

La RDC dépend encore largement de l’aide extérieure pour financer son système de santé. Comment atteindre une meilleure souveraineté sanitaire ?

Il est nécessaire que le pays parvienne à se libérer de cette dépendance extérieure, particulièrement dans le domaine de la santé. Les autorités semblent en être de plus en plus conscientes. Ainsi, il y a quelques semaines, j’ai suivi à Bruxelles une conférence du ministre de la Santé devant la communauté congolaise. Il y annonçait notamment la création d’un fonds alimenté par une nouvelle taxe. C’est certainement une avancée, mais il est possible que cela ne suffise pas. Il ne faut pas perdre de vue que la qualité d’un système de santé dépend étroitement de la situation économique du pays. Plus il y aura de personnes en emploi, plus les contributions des salariés viendront renforcer le financement de la santé. Il va sans dire que la gestion de ces ressources devra faire preuve d’une rigueur exemplaire.

Quelles réformes structurelles vous semblent indispensables pour améliorer la gouvernance du secteur ? Quelles mesures concrètes pourraient être prises pour renforcer la couverture sanitaire universelle en RDC ?

Il faut prendre des mesures pour lutter contre les disparités de soins, tant en qualité qu’en quantité, sur l’ensemble du territoire national. L’exemple de Kinshasa est parlant : selon que l’on habite dans les beaux quartiers ou dans des zones périphériques, le plateau technique varie du très bon au très médiocre. À cela s’ajoutent les difficultés financières qui excluent une grande partie de nos compatriotes de l’accès à des soins de qualité. La couverture sanitaire universelle est une initiative encourageante qui va dans le sens de l’amélioration de cette situation que nous déplorons. Ce sera toutefois un travail de longue haleine pour qu’elle atteigne réellement son universalité. Wait and see !

L’exode médical reste un problème majeur. Comment retenir les médecins et soignants en RDC ? Quelle place accorder à la formation locale et aux partenariats internationaux ?

Oui, c’est un problème que je connais bien, car j’ai moi-même effectué une grande partie de ma carrière en France, alors qu’au départ je ne pensais y rester que sept ans. Les jeunes médecins partent à l’étranger pour se former et maîtriser de nouveaux outils de la médecine. Les réalités qu’ils rencontrent dans ces pays d’accueil sont diverses, et beaucoup d’entre eux finissent par y rester. Cette tendance est d’autant plus forte qu’ils y trouvent des conditions sociales et professionnelles difficiles à retrouver en RDC. Je pense qu’il ne faut pas contrarier les jeunes qui partent : ce qu’ils apprennent est aussi dans l’intérêt du pays. Notre responsabilité est de rendre le retour au pays attractif.

Quels projets d’infrastructures hospitalières vous paraissent les plus stratégiques pour l’avenir ? Selon vous, à quoi pourrait ressembler le système de santé congolais dans 10 ou 20 ans si les réformes actuelles aboutissent ?

Si les réformes en cours ne sont pas contrariées, je pense que nous pourrions au moins approcher les standards internationaux. Un délai minimal d’une vingtaine d’années me paraît plus réaliste. Pour ce qui est des infrastructures hospitalières, il me semble que l’on devrait commencer par réhabiliter celles existantes, dont certaines sont dans un état de vétusté et de délabrement avancés. Bien évidemment, tout cela s’accompagnera de leur équipement et de l’affectation des compétences.

Le système de santé congolais doit  être amélioré et, très probablement, entièrement restructuré afin de l’adapter aux avancées actuelles de la médecine.

En tant que spécialiste, quels sont aujourd’hui les principaux défis de la chirurgie cardiaque en République démocratique du Congo, et comment y faire face pour améliorer l’accès des patients aux soins de pointe ?

En chirurgie cardiaque, qu’il s’agisse des adultes ou des enfants, la tâche est immense. L’une de mes préoccupations majeures est de susciter des vocations, car cette mission est insurmontable pour un seul homme, voire même pour une dizaine de personnes seulement. Un fait est bien établi : le développement de la chirurgie cardiaque dans un centre a toujours un effet d’entraînement sur d’autres disciplines. En effet, la préparation et le suivi des patients opérés du cœur constituent un véritable carrefour interdisciplinaire au bénéfice des malades.

Dr Nzomvuama, au fond à gauche, avec une lumière frontale : en fin d'intervention du retrait d’une tumeur cardiaque (septembre 2025, Hôpital du Cinquantenaire, Kinshasa)

L’accès des patients reste cependant un défi majeur. Il s’agit d’une chirurgie coûteuse mais vitale, pour des malades dont le pouvoir d’achat est particulièrement faible. Deux solutions existent : soit réduire davantage le coût de la chirurgie, soit obtenir un appui de l’État afin que le reste à charge pour les familles demeure supportable.

Aujourd’hui, le coût moyen d’une intervention est déjà ramené entre 10 000 et 15 000 dollars, mais il existe encore une marge de réduction possible, sans compromettre ni la qualité des soins ni la sécurité des patients. L’aide du gouvernement est donc essentielle pour soulager les familles et éviter une sélection par la fortune.

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