DOCTEUR ALPHONSE NZOMVUAMA DE LA CHIRURGIE : PIONNIER CARDIAQUE EN RDC.
Le Docteur Alphonse Nzomvuama incarne l’excellence médicale
congolaise, à la croisée de la pratique clinique, de la recherche académique et
de l’expertise internationale. Fort d’un parcours remarquable et d’une
expérience reconnue dans le domaine cardiovasculaire, il s’affirme comme une
figure incontournable de l’évolution de la médecine en RDC.Ses interventions, à la fois innovantes et adaptées aux
réalités locales, contribuent à hisser la chirurgie cardiaque congolaise au
niveau des standards internationaux. Tout récemment encore, il réalisait une
opération délicate sur un patient brazzavillois, pratiquant l’extraction d’une
masse cardiaque responsable d’un accident vasculaire cérébral.
À travers cette interview, Le Metropolis Santé+ engage un dialogue privilégié sur les défis, les perspectives et les espoirs du système sanitaire congolais.
Propos recueillis par J.B.
LE METROPOLIS SANTE+ : Docteur, comment décririez-vous
aujourd’hui l’état du système de santé congolais ? Quels sont, selon vous, les
défis prioritaires auxquels le pays doit faire face ?
DOCTEUR ALPHONSE NZOMVUAMA : Le système de santé congolais doit être
amélioré et, très probablement, entièrement restructuré afin de l’adapter aux
avancées actuelles de la médecine. L’essentiel est de rendre les soins
accessibles à tous, ou du moins, dans un premier temps, au plus grand nombre
possible. Des efforts allant dans ce sens sont en cours au niveau du ministère
de la Santé, nous dit-on.
La RDC dépend encore largement de l’aide extérieure pour
financer son système de santé. Comment atteindre une meilleure souveraineté
sanitaire ?
Il est nécessaire que le pays parvienne
à se libérer de cette dépendance extérieure, particulièrement dans le domaine
de la santé. Les autorités semblent en être de plus en plus conscientes. Ainsi,
il y a quelques semaines, j’ai suivi à Bruxelles une conférence du ministre de
la Santé devant la communauté congolaise. Il y annonçait notamment la création
d’un fonds alimenté par une nouvelle taxe. C’est certainement une avancée, mais
il est possible que cela ne suffise pas. Il ne faut pas perdre de vue que la
qualité d’un système de santé dépend étroitement de la situation économique du
pays. Plus il y aura de personnes en emploi, plus les contributions des
salariés viendront renforcer le financement de la santé. Il va sans dire que la
gestion de ces ressources devra faire preuve d’une rigueur exemplaire.
Quelles réformes structurelles vous semblent indispensables pour
améliorer la gouvernance du secteur ? Quelles mesures concrètes pourraient être
prises pour renforcer la couverture sanitaire universelle en RDC ?
Il faut prendre des mesures pour
lutter contre les disparités de soins, tant en qualité qu’en quantité, sur
l’ensemble du territoire national. L’exemple de Kinshasa est parlant : selon
que l’on habite dans les beaux quartiers ou dans des zones périphériques, le
plateau technique varie du très bon au très médiocre. À cela s’ajoutent les
difficultés financières qui excluent une grande partie de nos compatriotes de
l’accès à des soins de qualité. La couverture sanitaire universelle est une
initiative encourageante qui va dans le sens de l’amélioration de cette
situation que nous déplorons. Ce sera toutefois un travail de longue haleine
pour qu’elle atteigne réellement son universalité. Wait and see !
L’exode médical reste un problème majeur. Comment retenir les
médecins et soignants en RDC ? Quelle place accorder à la formation locale et
aux partenariats internationaux ?
Oui, c’est un problème que je connais
bien, car j’ai moi-même effectué une grande partie de ma carrière en France,
alors qu’au départ je ne pensais y rester que sept ans. Les jeunes médecins
partent à l’étranger pour se former et maîtriser de nouveaux outils de la
médecine. Les réalités qu’ils rencontrent dans ces pays d’accueil sont
diverses, et beaucoup d’entre eux finissent par y rester. Cette tendance est
d’autant plus forte qu’ils y trouvent des conditions sociales et
professionnelles difficiles à retrouver en RDC. Je pense qu’il ne faut pas
contrarier les jeunes qui partent : ce qu’ils apprennent est aussi dans
l’intérêt du pays. Notre responsabilité est de rendre le retour au pays
attractif.
Quels projets d’infrastructures hospitalières vous paraissent
les plus stratégiques pour l’avenir ? Selon vous, à quoi pourrait ressembler le
système de santé congolais dans 10 ou 20 ans si les réformes actuelles
aboutissent ?
Si les réformes en cours ne sont pas
contrariées, je pense que nous pourrions au moins approcher les standards
internationaux. Un délai minimal d’une vingtaine d’années me paraît plus
réaliste. Pour ce qui est des infrastructures hospitalières, il me semble que l’on
devrait commencer par réhabiliter celles existantes, dont certaines sont dans
un état de vétusté et de délabrement avancés. Bien évidemment, tout cela
s’accompagnera de leur équipement et de l’affectation des compétences.
Le système de santé congolais doit être amélioré et, très probablement, entièrement restructuré afin de l’adapter aux avancées actuelles de la médecine.
En tant que spécialiste, quels sont aujourd’hui les principaux
défis de la chirurgie cardiaque en République démocratique du Congo, et comment
y faire face pour améliorer l’accès des patients aux soins de pointe ?
En chirurgie cardiaque, qu’il s’agisse
des adultes ou des enfants, la tâche est immense. L’une de mes préoccupations
majeures est de susciter des vocations, car cette mission est insurmontable
pour un seul homme, voire même pour une dizaine de personnes seulement. Un fait
est bien établi : le développement de la chirurgie cardiaque dans un centre a
toujours un effet d’entraînement sur d’autres disciplines. En effet, la préparation
et le suivi des patients opérés du cœur constituent un véritable carrefour
interdisciplinaire au bénéfice des malades.
▲Dr
Nzomvuama, au fond à
gauche, avec une lumière
frontale : en fin d'intervention du retrait d’une tumeur cardiaque (septembre 2025,
Hôpital du Cinquantenaire, Kinshasa)
L’accès des patients reste cependant
un défi majeur. Il s’agit d’une chirurgie coûteuse mais vitale, pour des
malades dont le pouvoir d’achat est particulièrement faible. Deux solutions
existent : soit réduire davantage le coût de la chirurgie, soit obtenir un
appui de l’État afin que le reste à charge pour les familles demeure
supportable.
Aujourd’hui, le coût moyen d’une
intervention est déjà ramené entre 10 000 et 15 000 dollars, mais il existe
encore une marge de réduction possible, sans compromettre ni la qualité des
soins ni la sécurité des patients. L’aide du gouvernement est donc essentielle
pour soulager les familles et éviter une sélection par la fortune.
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