DEUX VIRUS, UN MEME DEFI SANITAIRE
Au
cœur des menaces infectieuses qui pèsent encore lourdement sur l’Afrique et,
par ricochet, sur la santé mondiale, deux maladies virales occupent une place
particulière : la maladie à virus Ebola et le Mpox. Longtemps considérées comme
des affections rares et confinées à certaines zones forestières, elles se sont
imposées au fil des décennies comme des enjeux majeurs de santé publique,
capables de provoquer des crises sanitaires, sociales et économiques d’ampleur
internationale.
Ebola
incarne la violence des fièvres hémorragiques émergentes : une maladie souvent
brutale, à forte létalité, qui met à l’épreuve les systèmes de santé les plus
fragiles. Malgré les progrès remarquables réalisés ces dernières années —
vaccins efficaces, anticorps monoclonaux, stratégies de riposte mieux
structurées — le virus continue de réapparaître, comme l’a rappelé récemment la
16ᵉ épidémie déclarée en République démocratique du Congo.
Le
Mpox, quant à lui, illustre une autre facette des maladies émergentes : celle
d’un virus longtemps négligé, désormais en pleine mutation épidémiologique.
Jadis principalement transmis de l’animal à l’homme, il s’est adapté à une
transmission interhumaine plus efficace, avec l’émergence de variants plus
contagieux et potentiellement plus sévères, notamment en Afrique centrale. Sa
résurgence, combinée à une couverture vaccinale insuffisante, a conduit
l’Organisation mondiale de la santé à déclencher son plus haut niveau d’alerte.
Ces
deux maladies, différentes par leur nature et leur expression clinique,
partagent pourtant des défis communs : fragilité des systèmes de santé, accès
inégal aux vaccins et aux traitements, importance cruciale de la surveillance
épidémiologique et de l’adhésion des communautés aux mesures de prévention. Les
comprendre, les comparer et analyser les réponses mises en place permet non
seulement de mieux appréhender les crises actuelles, mais aussi de renforcer la
préparation face aux épidémies de demain.
Ce
dossier propose un éclairage croisé sur Ebola et le Mpox, deux virus
emblématiques des nouveaux équilibres – et déséquilibres – de la santé
mondiale.
MALADIE
A VIRUS EBOLA : SYMPTOMES, TRAITEMENT, PREVENTION
Le
virus Ebola, connu pour sa dangerosité et ses fièvres hémorragiques
fulgurantes, fascine autant qu’il inquiète. Découvert en 1976, il a marqué
l’histoire de la santé mondiale par des épidémies parfois meurtrières. Si
d’importants progrès ont été accomplis — notamment en matière de vaccins et de
prise en charge — Ebola reste une menace persistante, réapparaissant
régulièrement dans certaines régions d’Afrique. Comprendre son évolution, son
mode de transmission et les avancées scientifiques actuelles est essentiel pour
mieux anticiper les crises futures.
Source :
www.pasteur.fr
Le
virus Ebola, responsable de fièvres intenses et d’hémorragies graves, reste une
menace importante : sa létalité peut encore varier fortement, selon les
épidémies, avec des taux allant de 30 % à plus de 80 %. Trois espèces virales
majeures sont particulièrement problématiques : le virus Zaïre (le plus
mortel), le virus Soudan et le virus Bundibugyo.
Depuis
sa découverte en 1976 en République démocratique du Congo (RDC) et au Soudan,
Ebola a provoqué de nombreux foyers en Afrique centrale. Plus récemment, en
2025, la RDC a de nouveau déclaré une flambée dans la province du Kasaï, due au
virus Zaïre.
L’Organisation
mondiale de la Santé (OMS), les autorités congolaises et d’autres partenaires
ont réagi fortement : des centres de traitement ont été mis en place, des
équipes formées, et une campagne de vaccination “en anneau” (ciblant les
personnes exposées et les soignants) a été lancée avec le vaccin Ervebo. Selon
les experts du CDC, si aucun nouveau cas n’apparaît, l’épidémie pourrait être
déclarée terminée début décembre 2025.
Parallèlement,
les recherches médicales avancent. Un nouvel anticorps humain, baptisé MAB 3A6,
isolé chez un survivant d’Ebola, a montré une très bonne efficacité chez des
primates non-humains, à des doses remarquablement faibles — ce qui pourrait
faciliter sa production et réduire les coûts. Un autre progrès majeur concerne
la prévention : en Ouganda, un essai clinique a été lancé en février 2025 pour
un vaccin candidat contre le virus Soudan, qui déclenche une maladie proche
d’Ebola (“Sudan virus disease”). C’est la première fois qu’un essai
d’efficacité d’un vaccin contre cette souche est réalisé en situation
d’urgence.
Du
côté de la prévention à plus long terme, l’Alliance Gavi a annoncé en 2024 le
lancement d’un programme de vaccination préventive contre Ebola dans les pays à
ressources limitées, permettant d’administrer le vaccin à des populations “à
haut risque” même en l’absence de flambée actuelle.
Causes
et modes de transmission
Les
chauves-souris frugivores sont considérées comme les hôtes naturels les plus
probables du virus Ebola. Bien qu’elles ne développent pas la maladie, elles
peuvent transmettre le virus à d’autres animaux de la forêt tropicale,
notamment les primates, chez qui il devient pathogène. L’être humain se
contamine principalement lors de la manipulation de ces animaux infectés — par
la chasse, la consommation de viande de brousse ou le dépeçage.
Une
fois introduit chez l’homme, le virus se propage par transmission interhumaine.
Celle-ci survient lors de contacts directs avec le sang, les sécrétions ou tout
autre liquide biologique d’une personne infectée, ou par contact indirect avec
des surfaces contaminées. Le risque de contagion est nul durant l’incubation,
modéré au début des symptômes, puis très élevé lorsque la maladie est
pleinement installée. Les patients guéris ne sont plus contagieux, même si des
précautions restent nécessaires, car le virus peut persister plusieurs mois
dans le sperme.
Les
épidémies d’Ebola sont entretenues par ces transmissions secondaires. Elles
sont facilitées lorsque les mesures de protection sont insuffisantes, notamment
au cours des soins prodigués aux malades. Les rites funéraires traditionnels,
impliquant un contact direct avec le corps du défunt, constituent également un
facteur majeur de propagation.
Pour
interrompre la chaîne de transmission, des mesures strictes de prévention sont
indispensables : hygiène rigoureuse des mains, isolement des malades,
protection des soignants, et utilisation systématique d’équipements individuels
(gants, masques, lunettes, combinaison, bottes…). Depuis quelques années, deux
vaccins sont disponibles. L’un d’entre eux a été utilisé avec succès pour des
vaccinations en anneau, visant à immuniser rapidement les personnes exposées
autour d’un cas confirmé afin de contenir les flambées épidémiques.
Symptômes
La
maladie à virus Ebola se manifeste comme une infection virale aiguë
particulièrement sévère. Les premiers signes passent souvent inaperçus, car ils
ressemblent à ceux d’un simple syndrome grippal : fièvre soudaine dépassant les
38 °C, fatigue extrême, douleurs musculaires, maux de tête et irritation de la
gorge. Mais l’évolution est rapide. En quelques jours, les patients développent
des vomissements, une diarrhée sévère, des éruptions cutanées et des atteintes
des reins et du foie. Dans les formes les plus graves, des hémorragies internes
ou externes peuvent survenir, rendant la maladie encore plus difficile à
contrôler.
La
période d’incubation — le temps entre la contamination et l’apparition des
premiers symptômes — varie de 2 à 21 jours, avec une moyenne observée entre 5
et 12 jours. Comme les manifestations cliniques peuvent ressembler à celles
d’autres maladies tropicales, seul un examen en laboratoire permet de confirmer
le diagnostic. Ces analyses sont réalisées dans des conditions de sécurité
maximale pour éviter tout risque de contamination.
Epidémiologie
Le
virus Ebola a été découvert pour la première fois en 1976, lors de deux
épidémies simultanées : l’une au Soudan (284 cas, 151 décès, soit ~ 53 % de
létalité), l’autre en République démocratique du Congo (RDC) (ex-Zaïre), dans
un village près de la rivière Ebola, d’où le nom du virus (318 cas, 280 décès,
soit ~ 88 %).
Le
virus appartient à la famille des Filoviridae, et plus précisément au genre
Orthoebolavirus. Il existe plusieurs espèces : Zaire ebolavirus (EBOV), Sudan
virus (SUDV), Bundibugyo virus (BDBV), Taï Forest virus
(TAFV), et Reston virus (RESTV). Parmi elles, les souches Zaire, Soudan
et Bundibugyo sont celles qui ont causé les flambées les plus importantes chez
l’homme.
Quelques
flambées marquantes :
- 1995 (RDC,
Kikwit) : environ 315 cas, 254 décès (~ 81 %)
- 2000
(Ouganda) : 425 cas, 224 décès (~ 53 %)
- 2003 (Congo)
: plusieurs vagues, dont 143 cas pour 128 décès (~ 90 %) dans une des
phases.
- 2007 (RDC) :
264 cas, 187 décès (~ 71 %) pour la souche Zaïre.
À cette période, le cumul des décès était
d’environ 1 590 selon les données historiques que vous mentionnez, ce qui
correspond aux premières décennies d’émergence.
En
2014, une flambée majeure liée au Zaire ebolavirus a commencé en Guinée
forestière, puis s’est propagée au Libéria et à la Sierra Leone, dans des zones
urbaines. Cette épidémie (2014-2016) est la plus vaste jamais enregistrée, avec
plus de 28 000 cas et environ 11 000 décès selon l’OMS.
Depuis
2016, plusieurs autres flambées ont eu lieu :
- En RDC
(Kivu), des épidémies de grande ampleur.
- Réémergences
à plusieurs reprises dans la RDC.
- En Guinée,
une épidémie plus limitée en 2021.
- Plus
récemment, en 2025, une nouvelle épidémie déclarée dans la province du
Kasaï (RDC), causée par le Zaire ebolavirus.
Traitement
et prise en charge
La
prise en charge des patients atteints d’Ebola repose d’abord sur des soins de
support intensifs : réhydratation, gestion de la fièvre, des douleurs, maintien
des fonctions vitales (pression, oxygénation…), traitement des complications
(hémorragies, déséquilibres électrolytiques, etc.). Ces soins améliorent
considérablement les chances de survie.
Depuis
peu, des traitements plus ciblés sont disponibles :
- Inmazeb®
(REGN-EB3) : un cocktail de trois anticorps monoclonaux (atoltivimab,
maftivimab, odesivimab) développé par Regeneron. Il cible la glycoprotéine
du Zaire ebolavirus pour bloquer l’entrée du virus dans les
cellules. Ce traitement a été testé dans l’essai PALM mené en RDC en
2018-2019, et a montré une réduction significative de la mortalité par
rapport à d’autres traitements expérimentaux.
- Ebanga®
(mAb114 / Ansuvimab) : un autre anticorps monoclonal dirigé contre le Zaire
ebolavirus. Il est aussi recommandé par l’OMS selon leur poster sur
les thérapeutiques Ebola.
Ces
traitements ne sont actuellement approuvés que pour le Zaire ebolavirus,
et non pour toutes les espèces d’Ebola. En outre, l’accès à ces traitements
reste un défi : selon MSF, bien que ces anticorps soient recommandés par l’OMS,
ils ne sont pas toujours enregistrés dans les pays endémiques, ce qui limite
leur disponibilité locale.
Prévention
Le
contrôle des épidémies repose non seulement sur les traitements, mais également
sur un ensemble d’interventions :
- Vaccination
: plusieurs vaccins sont disponibles ou en développement. (Par exemple,
Ervebo est un vaccin contre Zaire ebolavirus.)
- Mesures
d’hygiène et de prévention : surveillance des cas, traçage des contacts,
isolement, gestion sécurisée des enterrements, sensibilisation
communautaire.
- Renforcement
des capacités de laboratoire pour détecter rapidement les cas.
- Mobilisation
sociale : informer les populations à risque, réduire les comportements
d’exposition (par exemple contact avec la faune, les cadavres, etc.).
Bilan
et perspectives
- Le taux de
mortalité moyen de la maladie d’Ebola est d’environ 50 %, mais selon les
flambées, il a varié de 25 % à 90 %.
- L’épidémie
la plus grave à ce jour reste celle de 2014–2016 en Afrique de l’Ouest
(Guinée, Sierra Leone, Libéria).
- Grâce aux
avancées thérapeutiques (anticorps monoclonaux) et à la vaccination, le
pronostic des patients s’améliore, mais il reste crucial de garantir un
accès équitable à ces traitements dans les zones à risque.
- Les efforts
de recherche continuent, notamment sur des vaccins ou traitements pour
d’autres espèces d’Ebola (comme le virus Soudan, pour lequel il n’existe
pas encore de vaccin largement approuvé).
Aucun commentaire pour le moment.