ADRIENNE AMURI AZIZA : AU CŒUR DE LA RECHERCHE GENOMIQUE A L’INRB
FIGURE MONTANTE DE LA RECHERCHE GENOMIQUE EN AFRIQUE CENTRALE
Dans le paysage de la recherche biomédicale en Afrique centrale, Adrienne Amuri Aziza incarne une nouvelle génération de scientifiques africaines qui font rayonner l’excellence congolaise. Biologiste médicale spécialisée en biologie moléculaire et en génomique des pathogènes, elle dirige aujourd’hui le Laboratoire de Génomique des Pathogènes (LGP) au sein de la Direction de l’Épidémiologie et Santé Globale de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) à Kinshasa, en République Démocratique du Congo.
Par J.B.
Parcours et formation
Titulaire d’un diplôme de biologie médicale et d’un Master of
Science (MSc) en sciences biomédicales, Adrienne Amuri Aziza a suivi une
formation spécialisée à l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers, institution
belge de référence en santé mondiale. En plus de sa formation en techniques de
laboratoire, en sérologie et en biologie moléculaire, elle a très vite orienté
ses travaux vers l’analyse génomique des pathogènes, un domaine à la fois
techniquement exigeant et scientifiquement ambitieux, revêtant une importance
stratégique majeure pour la santé publique en Afrique.
Parallèlement à ses activités de recherche, elle exerce en
tant qu’assistante académique à la Faculté de Médecine, au Département des
Sciences de Base de l’Université de Kinshasa, où elle contribue à la formation
de la prochaine génération de scientifiques et de professionnels de santé.
Mariée depuis 17 ans et mère de quatre enfants, elle incarne
un équilibre exemplaire entre engagement professionnel et responsabilités
familiales, démontrant qu’il est possible de concilier excellence scientifique
et vie de famille tout en contribuant activement au renforcement des capacités
locales en santé publique.
Une experte au service de la surveillance génomique
Forte de son expertise, Adrienne est activement impliquée dans la lutte contre les maladies émergentes et réémergentes telles qu’Ebola, Mpox, la COVID-19, la Poliomyélite ou encore divers autres virus. Sous sa direction, le laboratoire de génomique des pathogènes de l’INRB s’impose comme un pôle d’excellence régional dans l’identification, la caractérisation et le suivi évolutif des virus circulants. Grâce à ces travaux, la RDC renforce sa capacité locale de détection précoce et d’analyse génétique, contribuant ainsi à une meilleure compréhension des dynamiques épidémiologiques sur le continent.
DOMAINES DE RECHERCHE ET CONTRIBUTIONS SCIENTIFIQUES
Génomique des pathogènes et épidémies
Au cœur de ses recherches figure la génomique virale.
Adrienne Amuri Aziza est notamment coautrice de l’article “Clade I Mpox
virus genomic diversity in the Democratic Republic of the Congo, 2018–2024”,
publié dans la prestigieuse revue Cell. Cette étude démontre que la
diversité génétique du virus Mpox (anciennement monkeypox) en RDC est largement
liée à des introductions zoonotiques plutôt qu’à une transmission humaine
continue. Elle contribue également aux projet Panafpox, qui vise à documenter
la circulation du virus Mpox en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale selon
une approche intégrée « One Health », reliant santé humaine, animale et
environnementale. Ces travaux sont d’une importance capitale : dans un contexte
où la capacité de séquençage et d’analyse moléculaire reste limitée en Afrique,
Adrienne Amuri Aziza contribue activement à combler cette lacune en favorisant
la recherche locale et la formation d’équipes compétentes.
Renforcement des capacités et gestion de laboratoire
En tant que lab manager du Laboratoire de Génomique des
Pathogènes à l’INRB, elle assure la supervision des infrastructures, la gestion
des protocoles de séquençage, le contrôle qualité et la formation du personnel
scientifique. Son rôle dépasse la recherche : il s’agit aussi d’un travail de
structuration et de transfert de compétences essentiel pour l’autonomie
scientifique de la RDC. Dans un pays confronté à des défis sanitaires majeurs,
disposer d’un laboratoire performant et bien organisé constitue un véritable
pilier stratégique pour la santé publique nationale.
Un parcours d’excellence et des partenariats internationaux
solides
Depuis 2018, Adrienne Amuri Aziza dirige le laboratoire de
séquençage de l’INRB et a conduit de nombreux projets de recherche appliquée,
des essais cliniques et des missions de réponse aux épidémies sur le terrain. Polyglotte
— parlant français, anglais, lingala et swahili —, elle collabore avec de
prestigieux chercheurs d’agences et institutions partenaires internationales de
renom : Africa CDC, CDC US, OMS, Chan Zuckerberg Biohub, Institut de Médecine
Tropicale d’Anvers (IMT), Institut de Recherche pour le Développement (IRD),
Imperial Collège London et le réseau Artic. Ces collaborations traduisent une
vision claire : ancrer la recherche congolaise dans le réseau scientifique
mondial tout en consolidant les capacités locales de diagnostic et de veille
épidémiologique.
Former, inspirer et transmettre
Très engagée dans la formation des jeunes biologistes
congolais, Adrienne participe régulièrement à des conférences internationales
(Afroscreen, Africa CDC, ASTMH), à des ateliers de formation et à des missions
d’appui technique en Afrique centrale et de l’Ouest.
Son engagement et son leadership féminin affirmé en font un modèle inspirant
pour toute une génération de jeunes femmes africaines souhaitant s’engager dans
la recherche biomédicale. « La capacité à détecter, analyser et comprendre les
virus émergents ne relève plus d’un choix, mais d’une nécessité pour notre
santé collective », affirme-t-elle avec conviction.
Une femme de science et un modèle pour la jeunesse
Dans un univers scientifique encore largement dominé par les
hommes, Adrienne Amuri Aziza s’épanouit comme une figure emblématique de la
réussite féminine. Par son engagement et sa rigueur, elle démontre que les
femmes africaines peuvent exceller au plus haut niveau de la recherche
mondiale, en conjuguant innovation, leadership, sens du service public et vie
familiale.
Son parcours témoigne de la montée d’une science africaine
souveraine, connectée et ambitieuse, tournée vers les besoins réels des
populations. Mettre en lumière son parcours, c’est aussi rendre hommage à une
génération de chercheuses qui façonnent l’avenir du continent et adresser un
message fort : investir dans les femmes et les compétences scientifiques
locales, c’est investir dans la santé de tous.
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